« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice ». Georges Orwell


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jeudi 2 février 2017

L’extrême droite de Québec sort de l’ombre

Quand les groupes s’affichent, il faut s’inquiéter, disent des observateurs

 
Isabelle Porter
 
Les mouvements d’extrême droite à Québec sont de plus en plus visibles et décomplexés, notent des observateurs. Plus organisés, ils s’affichent davantage en ville, sur les réseaux sociaux et même dans les médias traditionnels.
 
« Le phénomène nouveau, c’est que, quand les journalistes s’adressent à eux, ils leur parlent », note Aurélie Campana, de la Chaire de recherche sur les conflits et le terrorisme à l’Université Laval. « Il y a deux ou trois ans, ils ne l’auraient peut-être pas fait aussi facilement. »
 
Après l’attentat de dimanche, certains groupes comme La Meute ont même réagi dans les médias pour se dissocier du tireur. Des représentants des Soldats d’Odin ont même pris part à la veillée organisée pour les victimes. « La rapidité avec laquelle ils ont réagi, dès dimanche soir dans certains cas, m’a un peu surprise », poursuit Mme Campana, qui fait des recherches en ce moment sur les groupes d’extrême droite au Canada.
 
« D’ailleurs, depuis dimanche, ils n’arrêtent pas de dire qu’eux combattent l’islam radical et non pas l’islam. Or allez relire certaines de leurs interventions sur les réseaux sociaux, il y a ambiguïté. Et cette ambiguïté, elle est voulue. […] Ils jouent sur cette ambiguïté-là. »
 
Elle a aussi remarqué un certain souci du marketing dans leurs interventions. « On met en avant des femmes et des jeunes pour montrer que le discours n’attire pas simplement des hommes blancs dans la cinquantaine. »
 
François Deschamps, observateur des groupes d’extrême droite de Québec, a quant à lui été frappé depuis deux ans par les manifestations publiques de certains groupes. Le groupe Atalante-Québec, par exemple, a organisé des marches dans les rues du centre-ville. Des autocollants affublés du slogan « Burn your local mosque » (« Brûle ta mosquée locale ») sont aussi apparus sur des poteaux en ville.
 
« À Québec, il y a des groupes d’extrême droite qui sont très bien organisés depuis quelques années. Certains sont assez décomplexés pour organiser des activités de recrutement ouvert dans les cégeps », note-t-il. « Nous, ce qui nous fait allumer un feu jaune, c’est quand ils commencent à s’afficher, à se décomplexer. On parle de marches dans le centre-ville, d’“activités de charité” pour ramasser de l’argent pour “nos” sans-abri. »
 
Quelle résonance ?
 
 
Photo: YouTubeLe groupe Atalante-Québec a récemment organisé des marches
dans les rues du centre-ville de la Vieille Capitale.
 
 Les militants ne seraient toutefois pas plus nombreux dans la capitale qu’ailleurs, note Aurélie Campana. Un point de vue partagé par François Deschamps. Ce dernier estime que la « nébuleuse » inclurait entre 175 et 200 personnes.
 
Quant à savoir s’ils sont plus populaires à Québec qu’ailleurs, c’est moins clair. On sait par contre depuis mercredi qu’un cinquième des signalements au Centre de prévention sur la radicalisation à Montréal proviennent de la région de Québec. Le Centre a d’ailleurs dépêché une ressource dans la capitale cette semaine.
 
Interrogée sur le caractère distinctif de Québec, Mme Campana parle du contexte. « À Québec, il y a un contexte qu’on ne peut pas nier qui est entre autres entretenu par les médias que certains appellent les radios-poubelles. Je ne suis pas en train de dire que c’est ce qui propulse ces groupes-là, mais, quelque part, ça aide aussi à les banaliser. »
 
Le phénomène demeure d’ailleurs peu documenté dans la capitale comme ailleurs au Canada. Quand Mme Campana a entrepris son enquête, « il n’y avait rien ou presque qui avait été fait là-dessus depuis les années 1990 », raconte-t-elle.
 
Les résultats préliminaires de son enquête révèlent en outre que les mouvements d’extrême droite au Québec se distinguent de leur équivalent dans le reste du Canada.
 
« La différence ne tient pas aux moyens d’action et au public ciblé, mais plus à une couche de complexité qui tient en particulier à l’existence de tout le discours identitaire au Québec. Il y a au Québec des groupes qui ancrent leur discours dans un nationalisme québécois très exclusif qui n’a rien à voir avec le nationalisme québécois dominant. Ils ont un discours anti-immigration, de plus en plus anti-musulman. »
 
La chercheuse a aussi remarqué que la langue avait un impact sur leurs liens à l’étranger. « Ceux du Québec sont insérés dans des réseaux à majorité francophone. Ils sont en relation avec des groupes d’extrême droite en France, en Belgique, en Suisse. Ça, on ne le retrouve pas ailleurs au Canada. » Sinon, au Québec comme ailleurs au Canada, ils sont liés à des groupes américains et allemands.
 
Enfin, parmi la vingtaine de groupes étudiés dans l’enquête, plusieurs se sont révélés très fragiles, remarque-t-elle. « Ils sont traversés par de multiples tensions internes. Il y a des groupes qui naissent, qui disparaissent, qui changent de nom, que les leaders vont quitter pour en fonder un autre. Il y a énormément de fragmentation dans cette mouvance-là. »
 
Un dilemme pour les médias
 
Mme Campana s’interroge par ailleurs sur le rôle des médias traditionnels qui contribuent à la notoriété des groupes d’extrême droite. Elle suggère que les nombreux reportages faits sur le sujet ont pu contribuer au sentiment de légitimité de ces groupes.
 
« On a contribué ces derniers mois à gonfler le phénomène et à lui donner de l’importance. Ils se sentent légitimés aussi parce qu’ils ont attiré l’attention des médias anglophones comme francophones. Parce qu’on a beaucoup parlé d’eux, ils se sentent légitimés dans leurs positions. »
 
Quand on lui fait remarquer que les journalistes qui ont parlé d’eux sont devenus, dans certains cas, leurs têtes de Turc, elle nuance. Certes, « ils n’aiment pas les termes utilisés pour parler d’eux, n’aiment pas se voir, par exemple, affublés du qualificatif d’extrême droite ». Or ils ont une « attitude paradoxale ». « Ils n’aiment pas qu’on parle d’eux, mais en même temps, quand on parle d’eux, ils sont bien contents. »
 
Est-ce à dire qu’il faudrait cesser de leur consacrer des reportages comme celui-ci ? « Vous êtes la quatrième journaliste en deux mois à me poser la question. Je n’ai pas de réponse. »

Avec Stéphane Baillargeon et Jeanne Corriveau
 
Source: Le Devoir

mardi 24 février 2015

« L'indépendance en soi ne peut jamais être négative » - le président de l'Islande au Québec


Le président de l'Islande, Olafur Ragnar Grimmsson, et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard  Photo :  PC/Jacques Boissinot
« L'indépendance en soi ne peut jamais être négative ». Un illustre invité du premier ministre Philippe Couillard a livré ce vibrant plaidoyer en faveur de l'indépendance nationale, mardi.
Le président de l'Islande, Olafur Ragnar Grimmsson, était reçu par le gouvernement du Québec dans le cadre d'un symposium sur le développement nordique.
Au cours d'une conférence de presse, mardi matin, dans l'édifice du ministère du Conseil exécutif, les journalistes l'ont abondamment questionné sur les mérites de l'indépendance, au côté de Philippe Couillard, qui n'était manifestement pas insensible au propos.
« L'indépendance en soi ne peut jamais, jamais être négative, parce que l'indépendance n'est pas seulement une formalité, et elle est déterminée par la volonté du peuple », a d'abord répondu M. Grimmsson, quand on lui a demandé si l'Islande, un petit pays, aurait intérêt à renoncer à l'indépendance.
Le président islandais n'était pas certain du sens de la question avant de répondre, et M. Couillard en a profité pour lui faire remarquer que c'était une question « intéressante » et aussi « subtile », en l'invitant avec un petit rire à lire le « sous-texte » de la question.
M. Grimmsson a rappelé que l'Islande est un « État très indépendant » depuis le Moyen Âge, avec le plus vieux Parlement d'Europe, et une « structure démocratique forte » fondée sur la primauté du droit.
L'Islande a officiellement mis fin à son union avec le Danemark et est devenue une république en 1944.
Décider de l'avenir du pays de façon démocratique est lié à la fondation du peuple islandais, a-t-il poursuivi. Mais même l'histoire récente de l'Islande démontre que « faire confiance au peuple pour décider de son avenir galvanise une force très puissante ».
Selon lui, la petitesse d'un territoire ou d'une population ne sont pas non plus des empêchements au succès économique d'un pays.
L'Islande compte en effet à peine 320 000 habitants et s'est plutôt bien remise de la crise financière qui a frappé son économie et son secteur bancaire après 2008.
Le Parti québécois n'a pu faire autrement que de se réjouir du plaidoyer du président islandais. Son chef intérimaire, Stéphane Bédard, espère que le premier ministre a bien entendu cette profession de foi.
« Il a rappelé à quel point il est enivrant de jouir de l'indépendance pour un pays et que ce n'était que positif, a lancé M. Bédard en point de presse mardi midi. Pour un petit pays de quelques centaines de milliers d'habitants, c'est toujours intéressant de voir quelqu'un nous rappeler les avantages de l'indépendance ».
Source: Radio-Canada

samedi 22 septembre 2012

Verdir l'économie

« L’économie verte suscite un engouement indéniable partout à travers le monde.» Par Lucie Verreault
Chercheure au Laboratoire d’étude sur les politiques publiques et la mondialisation (LEPPM) de l’École nationale d’administration publique du Québec. ©iStockphoto/oonal

Louis-Gilles Francoeur
21 septembre 2012

Certains commentaires entendus depuis 48 heures sur le nouveau cabinet Marois laissent songeur. Si tous ont relevé l’accent mis par la première ministre sur l’environnement, la plupart ont présenté ça comme une sorte de faille ou à tout le moins un irritant pour nos agents économiques. En somme, la nomination de Martine Ouellet aux Ressources naturelles et de Daniel Breton à l’Environnement a été accueillie par plusieurs avec un petit sourire en coin, comme une illustration d’une sorte de légèreté économique du nouveau gouvernement. Cela confirmerait même les « faiblesses » que l’ancien premier ministre, Lucien Bouchard, disait déceler dans le programme économique du nouveau gouvernement.

Tout cela reflète en réalité à quel point plusieurs de nos leaders politiques — et d’opinion — sont en retard par rapport à la science économique, par rapport aux approches des grandes institutions et de la société civile internationales. Rappelons que la dernière conférence internationale de Rio a fait consensus sur la nécessité de passer maintenant à une véritable « économie verte ». Y compris, d’ailleurs, les grandes organisations internationales à caractère économique ! Pourquoi alors nos édiles économiques et nos leaders d’opinion ne se demandent-ils pas quand et comment nous allons plutôt passer à l’action dans ce domaine plutôt que de se coller à une vision passéiste de l’économie ?

Dans cette vieille vision, les agents économiques ciblent une réduction maximale des coûts qui se traduit par une diminution optimale des charges sociales et des obligations environnementales. C’est cette logique, poussée à bout, qui incite les entreprises à migrer vers des pays où les normes sociales et environnementales sont inexistantes ou embryonnaires. Et plutôt que de multiplier les embûches aux délocalisations d’entreprises, nos gouvernements plient systématiquement, refusant souvent d’exiger le remboursement des aides publiques et fiscales consenties par la société civile pour les consolider. C’est la même approche, à une autre échelle, qu’adoptent nos minières et certains promoteurs urbains ou nordiques qui profitent du laxisme de notre gestion environnementale pour créer une dette collective, dont on tait l’ampleur, sous forme de destruction d’habitats essentiels ou non restaurés, de pollution ou de contribution abusive, mais invisible, aux grands problèmes de la planète comme le réchauffement climatique.

Ce qui est inquiétant dans l’attitude de nos médias, c’est de constater qu’ils n’arrivent pas à dépasser la classique opposition entre économie et environnement.

Pourtant, c’est la commission royale d’enquête présidée par l’ancien ministre fédéral Donald S. Macdonald « sur l’union économique et les perspectives de développement du Canada » qui recommandait en 1985, dans un rapport axé sur le libre-échange et la réduction des interventions de l’État, de renforcer sensiblement les règles et normes environnementales pour que cesse le pillage de ressources sans lesquelles l’avenir économique du Canada sera compromis à long terme. C’était deux ans avant le rapport Brundtland qui allait lancer le concept de développement durable.

Encore aujourd’hui, il n’est pas un média qui n’applaudira pas comme une réussite économique une hausse de la construction domiciliaire autour de nos grandes villes. Pourtant la science de l’économie, qui vise un peu plus large que les profits des entreprises, nous apprend depuis longtemps que vider une ville centre au profit des banlieues augmente la dette des services de ceux qui restent. Et ceux qui restent vont aussi devoir payer des taxes additionnelles pour payer les nouveaux services qu’il faudra offrir aux nouveaux banlieusards, comme l’eau, les égouts, les routes, les écoles, etc., sans parler de la dette environnementale invisible que représentent les pertes en milieux naturels et agricoles. Les gains réels se limitent ici généralement aux profits des promoteurs privés.

Il devrait être plutôt rassurant — et cela dans une perspective économique et pas seulement dans une perspective écologiste — de voir un gouvernement proposer une approche qui mise sur la protection des ressources et de la nature au profit de l’ensemble des acteurs économiques actuels et futurs. Quand certains dévastent des milieux naturels, il arrive que d’autres acteurs économiques y perdent, principalement ceux qui profitaient jusque-là de ces ressources dévastées ou qui les exploitaient parcimonieusement. Le discours sur les « omelettes qu’on ne fait pas sans casser d’oeufs » est beaucoup plus une excuse pour de mauvais comportements qu’une justification.

La question que politiques, économistes et médias devraient se poser devant l’accent que le gouvernement semble vouloir mettre vers un développement plus durable, c’est quelles sont ses chances d’y arriver.

Les difficultés seront multiples, et peut-être insurmontables dans certains cas. Les lobbys qui profitent de l’absence de règles en matière de milieux humides, par exemple, ont déjà eu la tête de Thomas Mulcair, alors titulaire de l’Environnement. La révision du Plan Nord et les modifications qui seront apportées par la ministre Ouellet — à qui on doit des analyses décapantes du projet de refonte de la Loi sur les mines — vont sans doute provoquer des vagues de fond chez les grands investisseurs et chez nos « lucides », pour qui l’économie verte est encore un irritant et non pas un potentiel.

On verra alors si le ministre Breton a pris ses rêves pour la réalité en déclarant que les verts étaient désormais au pouvoir…

Source: Le Devoir

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Je ne comprends pas pourquoi Le Devoir a cadenassé cette chronique de L.-G. Francoeur. 


samedi 9 juin 2012

Bernard Drainville: "Si le Québec était indépendant ..."



11 mai 2012 - Que ferait-on de différent dans le pays du Québec ? Réponse au ministre libéral Alain Paquet, qui pose la question à Bernard Drainville. - bernarddrainville.org

Voici ce que Michel David a retenu de lui dans son bulletin de l'opposition  (21 juin-Le Devoir):     «Il a tendance à trop en mettre, mais la nomenclature des avantages de la souveraineté dont il a mitraillé le ministre Alain Paquet était une pièce d’anthologie. B»