« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice ». Georges Orwell


samedi 26 septembre 2015

Où était Tom?


Était-il là?
  
Michel David,
Le Devoir
samedi 26 septembre 2015
 
On ne saura jamais exactement combien le camp du non a dépensé illégalement lors du référendum de 1995. Vingt ans plus tard, bon nombre de souverainistes demeurent convaincus qu’il a été « volé ».
 
Dans leur livre intitulé Les secrets d’Option Canada, publié en 2006, Normand Lester et Robin Philpot ont abondamment documenté, à l’aide de chèques et de factures, les activités de cet organisme obscur qui opérait à l’insu du directeur général des élections du Québec.
 
Leur enquête avait démontré qu’une somme de 5,2 millions, que le ministère du Patrimoine canadien aurait normalement dû consacrer à la promotion de la dualité linguistique canadienne, avait plutôt servi à financer les activités du non, en plus du maximum de 5 millions prévu par la loi.
 
L’enquête à huis clos menée par l’ancien juge Bernard Grenier n’a pas permis de faire toute la lumière. Des obstacles de nature constitutionnelle l’avaient empêché d’aller au fond des choses, avait-il expliqué. Autrement dit, on lui avait refusé l’accès à toute l’information. Tout au plus avait-il pu identifier des dépenses illégales de 539 460 $, ce qui avait amené le premier ministre Charest à conclure que toute cette histoire n’était qu’un « pétard mouillé ».
 
Le scandale des commandites n’en a pas moins démontré qu’Ottawa était prêt à tout pour maintenir l’unité du pays. L’ancien chef de cabinet de Jean Chrétien, Jean Pelletier, l’a dit on ne peut plus clairement : la lutte contre les souverainistes était une véritable « guerre » qui justifiait tous les moyens.
  
Le spectre d’Option Canada est apparu de façon inattendue lors du débat télévisé entre les chefs de parti jeudi soir, quand Gilles Duceppe a demandé à Tom Mulcair s’il s’engageait à respecter les lois québécoises advenant la tenue d’un autre référendum. Le chef du NPD s’est bien gardé de répondre à la question.
 
On ne peut pas accuser M. Mulcair de se défiler sur la question du 50 plus 1. Si l’abrogation de la Loi sur la clarté, qui est une vache sacrée au Canada anglais, ne fait pas partie de ses priorités, il n’a jamais tenté de revenir sur la Déclaration de Sherbrooke, même si bien des électeurs hors Québec sont certainement d’accord avec Justin Trudeau quand il dit que « c’est un réel problème pour quelqu’un qui veut être premier ministre ».
 
Soit, il n’y a pas de référendum à l’horizon, mais cela n’empêche pas les électeurs souverainistes que courtise M. Mulcair de souhaiter ardemment qu’il y en ait un le plus rapidement possible. C’est précisément dans cet espoir que plusieurs se sont ralliés à Pierre Karl Péladeau, alors qu’ils ne l’auraient jamais appuyé autrement.
 
Avant d’accorder leur vote au NPD, alors que leur coeur inclinerait plutôt à appuyer le Bloc québécois, dont le naufrage les attriste, les souverainistes seraient en droit de savoir si M. Mulcair respecterait les règles du jeu en cas de référendum ou s’il tricherait à son tour. C’est très bien de reconnaître la validité d’une victoire à la majorité simple, mais que vaut cet engagement si les dés sont pipés pour l’empêcher ?
  
Personne ne devrait douter de l’ardeur fédéraliste de M. Mulcair, qui s’est battu bec et ongles pour le non, aussi bien en 1980 qu’en 1995. Il faisait partie de ceux qui pressaient le Directeur général des élections d’ouvrir une enquête sur les bulletins qui ont été rejetés en 1995. Dans sa circonscription de Chomedey, le pourcentage avait été de 11,6 %, ce qu’il avait attribué à une « fraude électorale orchestrée » par le camp du oui.
 
Si jamais il devait faire face à un nouveau référendum, interdirait-il à tout organisme fédéral de financer de quelque façon le camp du non ? Poser la question, c’est y répondre. Le Canada anglais ne tolérerait certainement pas que le premier ministre assiste les bras croisés à une bataille qui pourrait mener à l’éclatement du pays.
 
Heureusement pour M. Mulcair, le débat de jeudi soir a eu peu d’auditoire à l’extérieur du Québec. Plusieurs auraient sans doute été surpris et même choqués de l’entendre dire qu’à trois jours du référendum, alors que des dizaines de milliers de Canadiens venus de partout au pays s’étaient rassemblés dans un ultime effort pour préserver son unité, lui-même avait préféré rester chez lui. Même Gilles Duceppe semblait convaincu qu’il était sur la place du Canada ce jour-là.
 
Dans son autobiographie, il demeure vague sur l’endroit où il se trouvait exactement. « Catherine et moi sommes allés attendre nos fils qui arrivaient par le train de banlieue. Dans leurs écoles, tous les élèves ainsi que les professeurs se dirigeaient vers le ralliement », explique-t-il, sans préciser ce que lui-même a fait par la suite. En ce moment critique pour le Canada, son sens de la démocratie lui aurait-il interdit de participer à une manifestation financée illégalement ?

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mardi 8 septembre 2015

À la défense du Bloc québécois

En réponse au commentaire de monsieur Montmarquette qui se dit indépendantiste. Monsieur Montmarquette est membre électeur pour le seul parti orange du Québec: Québec solidaire. 

Partie 1

Luc Bertrand - Abonné8 septembre 2015 11 h 55

« Monsieur Montmarquette, si, effectivement, il y a un article du Devoir qui contredit Gilles Duceppe à l'effet que le NPD n'aurait pas défendu les intérêts du Québec depuis 4 ans, il y a quand bien même trois gros dossiers du Québec qui figurent parmi les 15% des consensus de l'Assemblée nationale du Québec qui n'ont pas été défendus par le NPD:


- Ni Jack Layton, ni "Tom" Mulcair n'ont opposé le consensus de l'Assemblée nationale contre la décision des conservateurs d'accorder un prêt du fédéral à Terre-Neuve pour son projet de ligne électrique sous-marine destinée à concurrencer Hydro-Québec en permettant à son électricité de passer par la Nouvelle-Écosse avant d'être vendue aux États-Unis;

- Aucun des députés du NPD de la région de Québec n'a réagi lorsque Tom Mulcair, après que Stephen Harper ait annoncé que les contrats de construction des nouveaux navires de la Marine canadienne ($33 milliards, maintenant plus de $100 milliards) iraient aux chantiers navals de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique sans rien accorder aux chantiers du Québec (dont la MIL Davie de Lévis), a déclaré "Great day for Canada";
- Tom Mulcair continue à faire confiance à l'ONÉ plutôt qu'au BAPE pour évaluer l'impact environnemental du pipeline Énergie-Est sur le territoire et les cours d'eau du Québec, même si Stephen Harper vient de nommer un de ses collaborateurs de l'industrie pétrolière au sein du conseil exécutif de l'ONÉ.

Pour quelqu'un qui se dit souverainiste comme vous, je vois difficilement en quoi donner son accord à un tel affaiblissement du Québec serait plus profitable que d'élire une majorité de député(e)s dont l'unique mission serait de défendre les intérêts des Québécois(e)s comme l'ont fait les élu(e)s du Bloc québécois depuis 1990.» 

Luc Bertrand
Pointe-aux-Trembles


***

Parti 2

« Monsieur Montmarquette, pour que les conservateurs reviennent majoritaires, il leur suffit de gagner 4 des 27 nouveaux sièges qu'ils ont créés dans les trois provinces les plus populeuses où ils ont déjà les meilleurs résultats: Ontario (73/106 + 15), Colombie-Britannique (21/36 + 6) et Alberta (27/28 + 6) en plus de conserver les 166 sièges de 2011. Ce ne sont pas les 3 sièges de plus (sur les 30 nouveaux du Canada) qu'ils ont accordés au Québec qui vont faire la différence, eux qui n'en avaient gagnés que 5 sur 75!


Croyez-moi, les sondages indiquent d'ailleurs que les conservateurs s'apprêtent à perdre beaucoup plus de comtés que le NPD en perdrait au Québec si les Québécois(e)s votaient selon leur conscience et leurs intérêts en faveur du seul parti qui les représente fidèlement à Ottawa, le Bloc québécois.


En votant massivement Bloc québécois, au pire on revient avec Harper, cette fois minoritaire et limité à sa base électorale de l’Ouest et de la N-É, au mieux, nous envoyons un message clair aux fédéralistes et au Canada : que le parti fédéraliste au pouvoir à Ottawa soit de « gauche » (NPD ou PLC) ou de droite (PCC), le Québec n’a plus rien à gagner en restant dans le Canada et envisage sérieusement l’indépendance.

Je vous rappelerai que le NPD a refusé de dénoncer cette concurrence déloyale à Hydro-Québec, cette injustice vis-à-vis la MIL Davie de Lévis et ce conflit d'intérêt dans le Conseil de l'ONÉ malgré que 57% de ses député(e)s (59/103) proviennent du Québec. Pourquoi? Parce que la loyauté de ce parti reste indéfectible envers le Canada et parce que les intérêts des électeurs des autres régions que le Québec qu'ils convoite pour former le gouvernement comptent davantage pour lui.» 

Luc Bertrand
Pointe-aux-Trembles


Source: Le Devoir

samedi 29 août 2015

Silence et mépris



Silence et mépris

Quand les Québécois cesseront d'espérer que la solution à leur problème identitaire vienne du dialogue Québec-Canada — pour la bonne raison qu'elle ne viendra jamais —, quand ils réaliseront qu'ils ne peuvent compter sur personne d'autre qu'eux-mêmes sur cette planète, ils choisiront peut-être de confier leurs intérêts à ceux qui s'engagent à les défendre.

Le Conseil de la fédération qui s'est déroulé à Terre-Neuve cet été nous a donné une autre occasion de mesurer la place qui est faite aux Québécois en ce pays. La première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, s'y est exprimée avec véhémence pour empêcher le chef du parti québécois de «briser le Canada», son pays. Espérait-elle convaincre les Québécois de la chance qu'ils ont de vivre sous la tutelle d'autrui? Si Madame Clark s'était adressée à l'intelligence des Québécois, elle aurait sollicité une réponse ou mieux, un dialogue.

C'est donc de haut niveau politique que nous est venu cet énième témoignage de la plus claire fermeture d'esprit à la réalité québécoise. On se demande ce qu'on peut bien attendre à vouloir être reconnu politiquement comme une société distincte. Le Canada anglais n'a jamais compris que nous n'avons pas à nous en expliquer : nous sommes d'une autre culture, c'est tout!

Que peuvent bien attendre les Québécois des grands partis canadiens sinon le silence et le mépris de ce qu'ils sont. Pourtant, les propos malpolis de Mme Clark traduisaient clairement une vacuité totale, une incompréhension avouée malgré elle de la politique entre gens de bonnes mœurs et de bonne volonté pour le bien vivre ensemble. Les tentatives d'association de René Lévesque étaient une voie de solution honorable entre deux peuples forcés de partager le même espace. Ce ne fut pas mal compris, ce fut rejeté.

Que peuvent bien espérer les Québécois?
Pierre Fortin 
Commentaire dans le Devoir
suite à la chronique hebdomadaire de 
madame Lise Payette

***



samedi 22 août 2015

Tout n'est peut-être pas perdu


« Tant que les Canadiens français ne seront pas scindés en partis politiques s’unissant aux partis britanniques, il ne sera pas possible d’arriver à une cohésion dans notre administration. » (Lord Elgin, 1847)

On ne peut que constater aujourd'hui que la stratégie a bien fonctionné. Elle a si bien fonctionné qu'il est devenu comme allant de soi que les partis fédéralistes soient constitués de représentants des deux «peuples».

Et c'est présenté comme un progrès. Pas étonnant alors que le Bloc québécois apparaisse aux yeux de plusieurs Québécois comme une anomalie.

Mais ce que la plupart de ces Québécois ne voient pas c'est qu'ils sont victimes d'une stratégie visant à leur assimilation dans le grand tout canadien.

Ce qui veut dire que bon nombre d'entre nous, sinon la majorité d'entre nous, participons à notre propre disparition sans nous en rendre compte en votant pour l'un ou l'autres des partis fédéralistes.

Le seul parti qui mérite alors notre appui c'est le Bloc québécois si nous ne voulons pas mourir à petit feu.

Et malgré tout la victoire est loin d'être gagnée étant donné que la majorité des Québécois sont complètement inconscients du sort qui leur est réservé.

Il est possible qu'il soit trop tard pour inverser la tendance mais il faut quand même y travailler. Tout n'est peut-être pas perdu si nous sommes asez nombreux à y mettre les efforts nécessaires.

Il ne faut quand même pas oublier que la constitution à laquelle nous sommes soumis n'a jamais été entérinée par quelque gouvernement québécois que ce soit. Même les gouvernements de libéraux passés ne l'ont pas fait. 

Ce n'est quand même pas un hasard. La stratégie adoptée par Trudeau en 1982 n'a pas aussi bien fonctionné que nos adversaires l'espéraient. 

Il y a là une faille que nous pouvons exploiter.

Il ne faudrait quand même pas donner l'occasion à nos adversaires (PC, PLC, NPD) de poursuivre leur travail de sape.

Source: Le Devoir 
Jean Lapointe,  commentaire 

jeudi 23 juillet 2015

Maire de Lachine: Un homme et son passé ... trouble

    
 
Au conseil municipal de Montréal
 
 
« Il y a des milliers de Montréalais qui savent ce qui s'est passé lors des attaques terroristes du 911 à New York et du 7/7 à Londres et s'il y a une attaque dans le métro de Montréal, nous n'allons pas vous croire lorsque vous essaierez de nous dire que les responsables sont Al-Qaeda ou l'Iran. »   Ken Fernandez, président de l'aile québécoise du Parti Action Canadienne.

En 2004, Claude Dauphin alors président du conseil d'administration de la Société de Transport de Montréal (STM), aurait participé à l'élaboration d'un important contrat de surveillance électronique pour le métro de Montréal lequel fut accordé à la compagnie israélienne Verint Systems dont le président est un ex-militaire israélien. Vérint appartenait à 51% à la compagnie Converse Infosystems dont le président Jacob Alexander, ex-agent du MOSSAD, entretiendrait des liens avec la CIA et le MI6.

Verint aurait reçu par la STM le mandat d'installer dans le métro de Montréal, entrées des stations, quais et tunnels, un système de surveillance vidéo high tech comprenant 1200 caméras vidéos oeuvrant en temps réel, des logiciels et disques durs pour le traitement informatique  des images. Il fut démontré que Verint est la même compagnie qui a installé un système similaire dans le métro de Londres, et que lors de l'attaque terroriste du 7/7, curieusement, le système de surveillance par caméras de Verint était défectueux.

Le 19 mars 2007, devant le Conseil municipal de Montréal, Claude Dauphin ne se rappelait pas avoir accordé un tel contrat à Verint et, pourtant bilingue, ne comprenait pas les questions qui lui étaient adressées en anglais. Le 28 mai 2007, devant le même Conseil municipal et le maire Gérald Tremblay, le nouveau président de la société de transport Claude Trudel admettait que la STM avait accordé le dit contrat à Verint Systems dans le cadre d'un projet pilote.

Waking Up in Montreal_Prevent A False Flag Attack / Réveil à Montréal_Stop Attaque Sous Faux Drapeau

Jean-Paul Massi
 
Source: Le Devoir - commentaire

lundi 6 juillet 2015

Quand la Grèce maîtrise mieux les règles du FMI que le FMI lui-même



C'est un mystère que le FMI n'a pas réussi à percer: dans sa tentative désespérée d'éviter un défaut de paiement, la Grèce a su dénicher dans les textes du Fonds des clauses dont l'institution elle-même avait oublié l'existence.

Ces astuces de dernière minute n'ont pas empêché la Grèce de faire défaut mardi sur sa dette vis-à-vis du Fonds mais elles montrent qu'Athènes scrute avec soin une institution qu'elle honnit et accuse de "comportements criminels".

Le premier coup d'éclat grec s'est noué début juin: à court de liquidités, Athènes doit alors rembourser quelque 300 millions d'euros et entretient le flou sur sa volonté et sa capacité à le faire.
A la veille de la date-limite, fixée au 5 juin, la directrice générale du FMI Christine Lagarde se dit pourtant "confiante" que la Grèce va payer en temps et en heure.

Mais quelques instants plus tard, coup de théâtre: la Grèce fait jouer une clause lui permettant de regrouper les quatre paiements attendus en juin et d'obtenir un sursis jusqu'à la fin du mois, sans même que le FMI n'ait à donner son feu vert.

L'effet de surprise est total. De hauts responsables du Fonds confessent en privé n'avoir jamais entendu parler de cet obscur mécanisme qui n'a été utilisé qu'une seule fois, au milieu des années 1980 par la Zambie, pour réduire les coûts des transactions.

Un scénario à peu près similaire s'est rejoué mardi. La Grèce n'a alors plus que quelques heures pour rembourser 1,5 milliard d'euros au FMI, qui répète inlassablement qu'aucun délai de paiement n'est envisageable. Mi-juin, Mme Lagarde avait elle-même clamé qu'il n'y aurait "pas de période de grâce".

La Grèce ne l'entend pas de cette oreille et, à quelques heures de la fin du délai, fait à nouveau preuve de sa fine connaissance des règles du Fonds: Athènes va ainsi faire jouer une clause de la charte fondatrice du FMI -la provision G, section 7, article 5- qui permet à un pays de demander le report d'un remboursement pour échapper à "une épreuve exceptionnelle".

Là encore, la demande grecque prend par surprise les hautes sphères du FMI. Cette clause totalement méconnue n'a été utilisée qu'à deux reprises dans l'histoire du FMI, les deux fois en 1982, par le Nicaragua et le Guyana.

La requête n'a pour l'heure pas été approuvée par le FMI mais elle pourrait ouvrir une possible boîte de Pandore en révélant aux pays emprunteurs qu'un report est légalement envisageable.

D'où la Grèce tire-t-elle cette connaissance quasi-encyclopédique ? De ses conseillers de la banque Lazard ? De son représentant à l'institution ? Nul ne semble le savoir à Washington.

Mais la question ne cesse d'intriguer alors qu'une nouvelle échéance, et pourquoi pas un nouveau tour de passe-passe, approche: Athènes doit rembourser 455 millions d'euros au FMI d'ici au 13 juillet.

Source: La Libre.be
22 juillet 2015

samedi 27 juin 2015

Le chantage des banques, ou comment devenir marxiste en cinq jours

Photo: Louisa Gouliamaki Agence France-Presse
Des partisans du Parti communiste grec ont tenu une manifestation dans les rues d’Athènes,
vendredi, pour s’opposer à une autre entente de prêt de la part des créanciers du pays.

Francine Pelletier
Le Devoir

« Communiste ? » me lance, sitôt la porte du taxi refermée, l’imposant Athénien derrière le volant.
 
Je déduis de son air bourru que, malgré l’histoire glorieuse du Parti communiste de Grèce (il a été l’échine de la résistance durant l’occupation nazie), il n’apprécie guère le genre.
 
« Euh… socialiste », finis-je par bredouiller, ne me rendant pas compte que je venais de m’allier au parti qui est aujourd’hui entièrement discrédité, le Mouvement socialiste panhellénique (Pasok), qui n’a de socialiste que le nom après avoir été le principal responsable de la vente aux enchères du pays depuis cinq ans. Mais le chauffeur, au moins, semble rassuré.
 
Rien n’est simple dans le lieu de naissance de la démocratie et de la grande tragédie. À quelques jours de l’échéance des pourparlers entre la troïka européenne et la Grèce, la vie suit son cours normal, mais la tension est quand même palpable, comme le démontre l’accueil à rebrousse-poil de notre chauffeur de taxi. D’ailleurs, vendredi, le premier ministre Tsipras a annoncé vouloir soumettre le résultat de ces pourparlers au peuple grec par référendum.
 
Mon caméraman et moi sortons du Resistance Festival 2015, un mouvement de « forces progressistes » qui appelle à la mobilisation grecque et à l’appui international. L’année dernière, l’invité d’honneur était nul autre qu’Alexis Tsipras, alors chef de l’opposition, aujourd’hui premier ministre du pays. Cette année, l’honneur va au vice-président bolivien, Àlvaro García Linera, venu rappeler à ceux qui détiennent « le destin de l’Europe dans [leurs] mains » qu’une autre voie est possible. « Les peuples ne doivent rien au FMI, c’est le FMI qui nous doit quelque chose », dira l’ancien guérillero.
 
Personne sur place n’a besoin d’être convaincu. C’est précisément le refus des « mémorandums » qui explique la popularité croissante de Syriza, passé d’un chétif 4 % en 2004 à 48 % aujourd’hui. La majorité des Grecs en ont soupé des mesures imposées par la « nouvelle Rome », le triumvirat constitué du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne (CE) et de la Banque de la commission européenne (BCE).
 
Depuis 2008, la Grèce a vu son PIB chuter de 42 %, le chômage grimper à 27 % (50 % chez les jeunes), son réseau public de radiodiffusion fermer, ses services de santé amputés. La « plus longue récession jamais connue en Europe en temps de paix », selon la Commission pour la vérité sur la dette publique. La dette n’est pas le résultat de dépenses excessives — « restées plus faibles que les dépenses publiques d’autres pays de la zone euro » —, mais un concours de circonstances incluant les taux extrêmement élevés des banques européennes et une augmentation drastique de la dette privée suivant l’adoption de l’euro en 2001.
 
Ce qu’on sait encore moins, c’est que depuis l’élection de Syriza, en janvier dernier, on s’est fait un plaisir de tourner la fourchette dans l’oeil du nouveau gouvernement. Une semaine après l’élection, le chef de la BCE, Mario Draghi, « sans la moindre justification », raconte le journaliste et député européen de Syriza, Stélios Kouloglou, « fermait la principale source de financement des banques grecques, remplacée par l’Emergency Liquidity Assistance (EAL), un dispositif plus coûteux devant être renouvelé chaque semaine ».
 
À noter que 90 % de l’argent prêté à la Grèce revient déjà aux créanciers — « parfois la journée même » —, puisqu’il s’agit du remboursement de la dette. Aussi, l’accord liant le pays de Périclès aux banques européennes l’oblige à respecter le droit anglais, un autre « accroc à sa souveraineté ».
 
Début février, les dix-huit ministres des Finances de la zone euro servaient un ultimatum au dix-neuvième ministre de la Famille européenne, Yanis Varoufakis. Ou bien le gouvernement Syriza appliquait le même programme que ses prédécesseurs, ou il trouvait son financement ailleurs. Il n’en fallait pas plus pour que les rumeurs de la faillite de la Grèce, due à son retrait de la zone euro, partent en trombe.
 
Depuis, la BCE a retenu des fonds illégalement allant jusqu’à les transférer au Luxembourg, « comme si l’on craignait que les Grecs ne se changent en détrousseurs de banques » ; les campagnes diffamatoires dépeignant les dirigeants grecs comme des têtes brûlées ou des enfants irresponsables — « il nous faut des adultes dans la salle », dira fameusement la présidente du FMI, Christine Lagarde — vont bon train.
 
Selon Martine Orange de Mediapart, l’échec du sommet de l’Eurogroupe, le 18 juin, a ouvert la porte à une véritable « stratégie de la terreur » de la part des autorités financières. Reprenant le scénario dressé par Goldman Sachs, peu de temps avant l’élection de Syriza en décembre dernier, on parlera de « situation incontrôlable », de fuite de capitaux, de fermeture de banques, de mise sous tutelle économique et de nouvelles élections. La rumeur d’une panique bancaire aura été « minutieusement entretenue », tout comme la notion d’un gouvernement grec dangereusement irresponsable.
 
Le gouvernement Syriza n’est évidemment pas dupe. « Le gouvernement doit faire face à un coup d’État nouveau genre, affirmait Yanis Varoufakis en avril dernier. Nos assaillants ne sont plus les chars d’assaut, comme en 1967, mais les banques. »
 
Selon Stélios Kouloglou, ce « coup d’État silencieux » n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé au Chili au début des années 70. « Faites hurler l’économie », avait ordonné Richard Nixon, avertissant alors tous ceux dans la cour arrière américaine tentés par l’aventure marxiste de bien se tenir. Sous le ciel étoilé d’Athènes, Àlvaro García Linera reprenait la balle au bond, samedi dernier, en affirmant : « L’Europe du Sud est en train de vivre ce qui s’est passé en Amérique du Sud il y a 30 ans. […] On nous avait dit : “Il n’y aura pas d’investissements, pas d’emplois, pas de développement technologique si vous vous entêtez à poursuivre dans la voie socialiste.” » Le très élégant vice-président énumérait ensuite tout ce que la Bolivie a réussi depuis l’élection d’Evo Morales, il y a 10 ans : la gratuité universitaire, les services de base (eau, électricité) désormais garantis comme droits fondamentaux, les droits des autochtones et de l’environnement, pour ne rien dire d’un gouvernement qui perçoit 50 % des profits des banques, 54 % des mines et 86 % du gaz naturel. « Ne les laissez pas vous dire qu’une autre façon de faire n’est pas possible », concluait-il.
 
Seulement, la « souveraineté économique » ne fait pas partie du mandat dont a hérité Alexis Tsipras en janvier dernier. Les gens veulent en finir avec l’austérité tout en restant dans la zone euro. Une mission qui s’avère de plus en plus impossible vu l’intransigeance européenne. Qui des deux parties alors cédera ? Le néolibéralisme pur et dur préconisé par le nouvel empire osera-t-il se montrer plus humain, plus compréhensif envers la Grèce, si ce n’est de peur de la pousser dans les bras de Poutine ? Ou alors, Syriza mettra-t-elle suffisamment d’eau dans son vin au point de perdre son âme et, fort probablement, les prochaines élections ?
 
Les jeux sont ouverts et combien dangereux. Particulièrement pour la Grèce, qui risque de payer, encore une fois, plus qu’elle ne le mérite.

_________________

« Le néolibéralisme pur et dur préconisé par le nouvel empire ...», Francine Pelletier

Vu de même, on comprend parfaitement  par les événements qui déchirent la Grèce présentement, qu'il s'agit rien de moins que la mise en œuvre du Plan poursuivie à la lettre par les  puissants qui contrôlent ce monde.   Au fait,  devons-nous en conclure que votre « nouvel empire » est synonyme de Nouvel Ordre mondial, par hasard? Mais qu'importe, merci, à vous,  madame Pelletier d'écrire les vraies choses.   Pas toutes, mais quand même.

mardi 23 juin 2015

Voter dans le Canada réel




Robert Laplante
L'Action nationale
Mardi 23 juin 2015

C’est fait. Les choses sont claires. Le Parti québécois a son chef. L’homme n’aura guère de répit. Il savait à quoi s’attendre. Il faut espérer que son parti prendra rapidement acte de ce qui s’est enclenché depuis l’annonce de sa candidature et qui s’accélère depuis. La volonté d’éradication, les efforts concertés pour briser notre capacité de cohésion nationale, la dynamique de normalisation de la province vont nous valoir de très durs moments et de sombres manœuvres. Mais ce ne sera pas chose facile de les faire voir, de les faire comprendre pour ensuite les combattre.

Les Québécois ont bien du mal à vivre dans le Canada réel. Ils habitent celui que des élites démissionnaires leur dessinent jour après jour, le pays du rapetissement, du compromis bancal, de la résignation quémandeuse. Libéraux inconditionnels, bonimenteurs à gages chez Gesca ou ailleurs, tâcherons de la politique provinciale et colporteurs de ragots de corridors encombrent l’espace médiatique et sèment une médiocrité qui fait du dégât. Les indépendantistes n’ont plus rien à faire à tenter de brasser ces boues toxiques. Le Québec s’y enlise, rien ne sert de s’imaginer qu’à force de s’agiter les marécages vont se muter en roche mère. Leur Québec est celui de la survivance, de l’adaptation à la vie en état de sous-oxygénation. La représentation qu’ils en donnent distille le consentement à l’impuissance.

Les indépendantistes doivent désormais – à nouveau ? – placer leur combat où il doit être conduit. Le Canada est une maison de fous où nous ne sommes tolérés qu’à titre de locataires malcommodes. Et encore. Comme notre territoire peut être vu comme un verrou stratégique sur les voies de sortie du pétrole sale, notre place et les tensions qu’elle génère depuis toujours ne se joueront plus tant dans les sempiternelles querelles sur la centralisation que sur la neutralisation de notre volonté de faire ce que nous entendons de notre territoire, de notre économie, de nos milieux de vie. C’est du Canada réel qu’il faut sortir, pas de celui qui se donne à penser dans la rhétorique provinciale que nous assènent ceux qui le servent.

Ce Canada réel, c’est celui de notre minorisation définitive et de notre réduction au statut de segment de population à contenir dans une logique de développement périphérique, accessoire. La mobilisation nationale doit reposer sur ce cadre stratégique fondamental. Le travail des indépendantistes ne doit pas se cantonner aux seules activités partisanes, il doit contribuer à raccorder les Québécois avec leur expérience majoritaire, avec la claire conscience que ce statut vital est en cause dans tout débat sur l’avenir collectif et sur les formes aussi bien que le sens à donner à nos institutions, à l’organisation de la vie publique et à l’utilisation de nos ressources. C’est une tâche de recomposition des faits et des perceptions que la logique provinciale sépare, dans le débat comme dans les consciences. C’est une tâche de reconfiguration de la culture et de la conscience politiques.

La logique de minorisation va se déployer en vitesse supérieure à compter de cet été. Les préparatifs de la campagne électorale fédérale vont donner lieu à une formidable production de leurres et de thématiques de diversion. La mise en scène médiatique a déjà façonné un cadre de distorsion du débat dans la manière de rendre compte de l’action du Bloc québécois. En effet, les catégories du récit médiatique sont totalement en phase avec la logique de minorisation. En faisant l’injonction au Bloc d’avoir à justifier son existence par la démonstration de sa pertinence sur l’échiquier électoral, ce récit gomme la catégorie démocratique fondamentale de l’élection à venir. Cette catégorie, c’est celle qui définit la légitimité même de notre existence nationale.

Le Bloc québécois est le seul parti où un électeur québécois peut s’exprimer comme membre de sa nation. C’est le seul cadre partisan où il peut exister autrement qu’en étant une fraction de quelque segment canadian. Les autres partis fédéraux, peu importe leur rhétorique – y compris celle qui, à l’occasion, flirte avec le mot nation pour nous désigner – sont tous des instruments de minorisation. 

Les Québécois n’y sont jamais qu’une bonne pâte à compromis, aux intérêts modelables au gré de ce qui apparaît acceptable à une majorité qui pense son Canada pour elle-même. Rien ne l’illustre mieux que le manège auquel se livre le NPD qui aura mis ces quatre dernières années à profit : ses recrues ont appris toutes les astuces de la restriction mentale, du mensonge par omission et du double langage.

Sur tous les sujets majeurs du débat public au Canada Thomas Mulcair est un exemple pour eux tous : c’est un as du double langage mâtiné d’euphémismes flagorneurs. Sa députation, il la tient dans les cadres étroits de la conduite minoritaire. C’en est pathétique de les voir nous servir avec les trémolos dans la voix les poncifs du Québécois/Canadien dans la référence au « national » comme ils ont appris à désigner ce qui est une évidence pour le Canada. C’est triste de voir ceux-là qui sont sincères bomber le torse et gaspiller leurs talents à tenter de se faire apprécier comme intermédiaires utiles. Le Québec en a tant vu des bonnententistes qui se magasinent sans le savoir déceptions et prix de consolation…

La pertinence du Bloc ? Une question qui n’a de sens que pour ceux-là qui ne veulent pas avoir à faire la preuve que nos intérêts sont mieux servis quand on les confie à une majorité étrangère. Il faut que la prochaine campagne électorale fournisse une occasion d’interpeller les Québécois non pas d’abord sur les programmes des partis fédéraux mais sur la nature du régime. 

Le Canada n’est pas notre maison et le choix des partis « minorisateurs » ne concerne, somme toute, que le choix des décorateurs. Qu’ils se disputent sur les atours de la royauté, sur les vertus du pétrole sale, sur la grandeur militaire ou la couleur des tentures de Rideau Hall, cela ne nous concernera jamais qu’à titre de payeurs contraints, voire de cocus contents.

Ottawa va consacrer des dizaines de milliards au renouvellement de la flotte et le chantier Davie n’a rien d’autre à faire que de licencier. Mais nous allons payer.

Ottawa subventionne l’exploration et l’exploitation du pétrole sale. Nous protestons dans les rues pour le respect des engagements internationaux et nous sommes complices impuissants d’un État voyou. Mais nous allons payer.

Ottawa vogue au secours de l’industrie automobile ontarienne à qui il consacre 11 milliards et laisse sombrer l’industrie forestière québécoise. Mais nous continuons de payer.

Ottawa veut balafrer notre territoire et imposer un pipeline. Mais nous continuons de payer.

Ottawa impose son pont Champlain et nous le fera payer deux fois. Et nous continuons de nous lamenter.

La liste est interminable. Et elle s’allongera encore avec les programmes électoraux. Pour donner une bonne idée de la mesure débile des énormités qu’on nous servira, rien ne vaut la lecture des entrevues qu’accorde Thomas Mulcair qui veut créer un ministère des affaires urbaines pour qu’Ottawa passe par-dessus la tête de notre Assemblée nationale. C’est aussi énorme que l’hypocrisie de son discours sur le pipeline – une bonne affaire en anglais et dans l’Ouest, un dossier à évaluer en français au Québec. 

Cela s’ajoute aux énormités qu’il profère sur le programme « national » de garderies qu’il s’engage à créer alors que la réduction des transferts fédéraux et le fétichisme idéologique des libéraux provinciaux détruisent le nôtre. Quant aux autres qui font carrière au PLC ou au Parti conservateur, ils nous offriront d’autres variantes du répertoire de la double légitimité, tâchant de faire bouger quelques segments de clientèles pour ravir au NPD les sièges qui pourraient leur servir d’alibi pour dire qu’ils parlent pour tous les Canadiens.

Chaque année, nous envoyons 50 milliards de dollars en impôts à Ottawa pour laisser une majorité financer ce qu’elle veut, choisir ce qu’elle veut, et nous placer devant l’obligation de subir ses choix. 

Critiquer le régime, c’est faire comprendre aux Québécoises et aux Québécois qu’il est absurde d’envoyer autant d’argent pour se laisser ligoter, pour se faire imposer des solutions qui ne seront jamais mieux, à la lumière de nos intérêts nationaux, que des compromis inadéquats. Il est inutile et contradictoire d’élire une députation qui n’aura d’autre rôle que de brouiller les cartes en prétendant parler au nom des intérêts du Québec pour mieux se faire commis-voyageur et tenter de nous vendre la politique des autres.

Les indépendantistes sont devant la tâche de reconstituer le mouvement national en commençant par faire valoir l’urgente nécessité d’avoir une conduite cohérente. Cela commence par ne jamais accepter de se laisser réduire au statut de minoritaire. Aucun argument, aucun enjeu d’affaires publiques ne justifient de s’automutiler. NPD, PLC, PC ou Parti Vert sont tous interchangeables à cet égard. Il faut en prendre acte et agir en conséquence.

Le défi des prochaines années ne se résume pas à redonner une position avantageuse aux indépendantistes sur la scène électorale. Il faut que le Québec se constitue en force nationale. Les partis politiques ont un rôle essentiel à jouer dans cette tâche. Mais cela ne suffira pas, il faudra que partout, dans tous les milieux, dans tous les coins et recoins de la société civile chacun, chacune pense et se comporte en plaçant ses repères en phase avec la claire expression de notre intérêt national. Et cela commence par le refus de se comporter et de se laisser définir comme un minoritaire en son propre pays.

Source: Vigile.québec

lundi 15 juin 2015

Le pipeline Énergie Est traverserait 256 cours d’eau du Québec

Photo: Pierre Bona / CCLa conduite secondaire du pipeline de TransCanada qui doit permettre de transporter du pétrole jusqu’à Montréal traversera cinq cours d’eau, dont la rivière des Mille Îles.



Le pipeline Énergie Est risque de devoir traverser pas moins de 256 cours d’eau au Québec, révèle une analyse menée par la Fondation Rivières et obtenue par Le Devoir. Cette première compilation indépendante indique également que plus d’une centaine d’entre eux sont de moyenne ou de grande taille.

La liste des cours d’eau dénombre un total de 70 rivières qui seraient traversées par le pipeline d’un mètre de diamètre. À cela s’ajoutent quelque 185 ruisseaux ainsi que le fleuve Saint-Laurent, selon le tracé préliminaire élaboré par TransCanada.

Ce tracé devrait être modifié au cours des prochains mois, en raison de l’abandon du projet de port de Cacouna et de la possibilité que ce port d’exportation de pétrole des sables bitumineux soit construit ailleurs sur les rives du Saint-Laurent.

La portion du tracé qui va de la frontière ontarienne au secteur de Lévis ne devrait toutefois pas subir de modifications. Cela signifie qu’un total de 1,1 million de barils de pétrole traverseront chaque jour une cinquantaine de rivières dans cette seule portion. Si on ajoute à cela les ruisseaux franchis par le tuyau, on compte au moins 160 cours d’eau.

Parmi ceux-ci, on compte les rivières majeures suivantes : Outaouais, des Mille Îles, des Prairies, Mascouche, L’Assomption, Maskinongé, Yamachiche, Saint-Maurice, Champlain, Batiscan, Sainte-Anne, Portneuf, Chaudière et Etchemin. Sans oublier le fleuve Saint-Laurent. Dans ce cas, le pipeline doit traverser en plein coeur de la réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures.

La conduite secondaire qui doit permettre de transporter du pétrole jusqu’à Montréal traversera cinq cours d’eau, dont la rivière des Mille Îles et la rivière des Prairies. L’autre conduite secondaire vers Lévis traversera elle aussi un total de cinq cours d’eau, dont les rivières Pénin et Etchemin.

Traverses risquées

Une étude commandée l'an dernier par TransCanada et rendue publique par Le Devoir en décembre 2014 révèle par ailleurs que pour la portion du pipeline qui sera construite sur la rive nord du Saint-Laurent, on compte pas moins de 19 cas où le passage d'un cours d'eau se fera dans une zone présentant des risques évidents de glissements de terrain en raison de l'instabilité des rives. L'étude, menée par la firme Golder Associates, conclut en outre que sur la rive sud, la région de Lévis compte un total de six zones où les cours d'eau traversés présentent des risques connus de glissements de terrain.

Dans certains cas, les traversées proposées ont également soulevé des questions quand aux moyens techniques pour les réaliser. C'est le cas du fleuve Saint-Laurent, mais aussi des rivières des Outaouais et Batiscan. Selon ce qu'a indiqué TransCanada plus tôt cette semaine, des travaux doivent d'ailleurs être menés au cours des prochaines semaines, dont des forages, afin de préciser la façon dont le pipeline les traversera.

Pour enfouir un tel tuyau dans le sol au moment de franchir un cours d’eau, il existe trois méthodes. Dans le cas d’un ruisseau, on peut creuser une tranchée et y déposer le tuyau. On peut également réaliser un « forage horizontal directionnel » et y faire passer le tuyau. Dans le cas des grandes rivières et des fleuves, un tunnel en béton peut être construit sous le lit.

Québec fautif


Pour la Fondation Rivières, le gouvernement du Québec manque à ses obligations en matière environnementale dans le dossier des franchissements de cours d’eau. « Les enjeux liés aux constructions en rivière sont multiples et des mesures de sécurité exceptionnelles s’imposent compte tenu des risques et des conséquences qu’aurait un bris de conduite », fait valoir Geneviève Marquis, vice-présidente de l’organisme et spécialiste en hydrologie et dynamiques sédimentaire et morphologique des cours d’eau.
   
Or, affirme-t-elle, la formule retenue pour l’étude du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) ne permettrait pas une évaluation exhaustive des risques. Le gouvernement a en effet décidé de procéder même s’il n’a pas en main d’étude d’impact du promoteur, ce qui est habituellement la façon de faire avec ce type de projet d’envergure.

« Un BAPE dûment mandaté dans le cadre de la procédure réglementaire d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement aurait obligé le promoteur à soumettre ses méthodes de construction, à répondre aux questions du public et à améliorer la prise de décision du gouvernement québécois quant aux méthodes de construction à être utilisées », souligne Mme Marquis. Ce ne sera pas le cas avec le projet Énergie Est, selon la Fondation Rivières.

En plus des cours d’eau, le pipeline traversera de nombreux secteurs agricoles et le territoire de plusieurs dizaines de municipalités des deux rives du Saint-Laurent. Selon une recension non exhaustive du Devoir, des municipalités régionales de comté (MRC) représentant au moins 75 municipalités rejettent le projet Énergie Est ou exigent une évaluation environnementale du Québec.

Ce pipeline conçu pour répondre aux besoins de l'industrie pétrolière albertaine transportera plus de 400 millions de barils de brut chaque année en territoire québécois, sur une distance d'environ 720 kilomètres. Avec le transport de plus d’un million de barils par jour dès 2020, Énergie Est fera du territoire du Québec un élément clé dans l’exportation du pétrole albertain. Grâce ce projet, le plus important du genre en développement en Amérique du Nord, plus du tiers de la production des sables bitumineux passera en sol québécois d’ici cinq ans.

Source: Le Devoir


mardi 9 juin 2015

Hommage de Jean-Martin Aussant aux funérailles de Jacques Parizeau





Chers Lisette et membres de la famille, Monsieur le Premier Ministre, chers amis.

J’avais d’abord pensé vous entretenir aujourd’hui des avantages économiques d’une approche keynésienne que monsieur Parizeau appréciait, mais je vous parlerai plutôt sur un plan plus personnel. Le premier ministre Jacques Parizeau appartient pour moi à ces géants politiques que peu de nations dans le monde peuvent se targuer d’avoir connus. Il fait partie de ceux qui créent un avant et un après, ceux dont on refuse même d’envisager le départ. Félix Leclerc, un autre de nos géants, dirait qu’il appartient à la courte liste des libérateurs de peuples. Si nous pouvons en être fiers, nous devrons aussi en être dignes.

Lui-même issu d’un peuple dont l’histoire contient traumatismes, doutes et craintes, il incarnait la confiance en soi et la capacité, voire le devoir de gérer ses propres affaires. Toujours en complet, toujours sans complexe, il était pour ainsi dire le « convaincu en chef ». L’assurance de l’homme qui sait où il va et qui est capable d’expliquer pourquoi.

Sa réputation dépassait aisément les frontières du Québec. Je l’ai constaté moi-même lors d’une rencontre avec des gens de la finance à New York il y a quelques années. Un ancien haut placé d’une agence de notation m’avait confié que « Jack » Parizeau, par sa simple présence aux commandes de l’État, donnait de la crédibilité au Québec à l’époque du référendum et qu’il n’y aurait certainement pas eu de décote du Québec en cas de victoire du Oui.

D’ailleurs, si la langue de la finance internationale demeure clairement l’anglais, trois mots de la langue de Molière y sont toutefois devenus communs grâce à la vision de Jacques Parizeau : « Caisse de dépôt ». Cette institution bien de chez nous que tous connaissent et respectent sur les marchés financiers mondiaux.

Jacques Parizeau était ce rare ambidextre, un homme de chiffres qui a du coeur. Fils du 1 %, il a consacré sa vie au 99 %, fort de l’idée que l’argent est un bon serviteur, mais un bien mauvais maître. En survolant sa vie, l’élément qui semble l’avoir le plus guidé toujours, c’est la poursuite d’une certaine justice, ses préoccupations de souverainiste, de social-démocrate, de féministe, d’environnementaliste, toutes s’appuyaient au fond sur un désir de justice, d’équité pour son monde, comme il disait.

D’une tendresse insoupçonnée de prime abord, il avait compris que la seule forme de supériorité pour un homme, c’est la bonté. D’une érudition et d’une curiosité sans fin, je lui faisais parvenir jusqu’à tout récemment des documents techniques comme le budget du Québec ou le rapport annuel de la Caisse de dépôt. Il les épluchait méticuleusement. Les cahiers les plus intéressants pour lui étaient ceux portant la mention de renseignements additionnels, essentiellement constitués de colonnes de chiffres et de graphiques.

Monsieur aimait aller au fond des choses, il adorait la musique et aurait voulu être musicien. Bien qu’il soit plus proche d’un style assez classique, j’avais bien compris encore une fois toute son ouverture d’esprit quand il avait insisté pour que je lui fasse écouter de la musique un peu plus techno que j’avais composée et où la grosse caisse était avouons-le un peu plus présente que chez Vivaldi. Il suivait de façon enjouée le rythme en tapant sur sa jambe et m’avait dit avec son sourire allumé : « Mais c’est très bien, ça, vous voyez que je ne suis pas pudibond. »

L’état de sa collectivité lui importait constamment. Il regrettait de constater que la chose publique courrait le risque de devenir tout sauf publique. Il ne voulait pas que la politique devienne l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. Il appelait de tous ses voeux les projets de société autres que comptables. Son attachement et son vif intérêt pour ce qui vient, pour la jeunesse québécoise, ne se sont jamais démentis. Durant le soulèvement étudiant du printemps 2012, je lui avais mentionné que la génération montante serait probablement plus difficile à gouverner, il m’avait répondu du tac au tac : « Je l’espère bien » […]

Conscient que l’éducation était la clef de tout progrès économique, technologique ou social, Jacques Parizeau était pédagogue jusqu’au bout des doigts. En échangeant avec lui, on avait l’impression d’apprendre même pendant ses silences caractéristiques entre deux phrases parfaites, comme par osmose. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour Monsieur arrivaient aisément.

Son sens de l’humour était toujours présent en filigrane, un certain héritage britannique pourrait-on croire. Comme lorsqu’il parlait de sa carte de membre faite en bois pour qu’il ne puisse pas la déchirer ou de son éclat de rire quand il a su que plusieurs militants l’appelaient très affectueusement Yoda, le sage des sages dans la saga de La guerre des étoiles. Il est vrai lorsqu’il était assis et appuyé sur sa canne qu’on l’aurait bien vu brandir une épée laser pour mener son combat contre le côté obscur de la force.

De nombreux monuments dans le monde sont dédiés à des généraux et des présidents qui ont mené d’autres hommes à la guerre à partir de leur officine sécurisée. Jacques Parizeau pour sa part méritera son monument pour avoir construit du beau. Il existe des révolutions pacifiques et tranquilles, il nous l’a bien prouvé, lui le révolutionnaire dans le plus constructif sens du terme. Il mentionnait d’ailleurs que notre Révolution tranquille avait été l’oeuvre d’une poignée d’élus, de fonctionnaires et de poètes. On réalise maintenant qu’il faisait finalement partie de chacun de ces trois groupes.

Pour paraphraser Churchill, qu’il admirait, l’histoire du Québec lui sera favorable puisqu’il l’a écrite lui-même. Et cette histoire n’est pas finie, il nous en reste plusieurs chapitres à écrire collectivement. Celui qui aura plus que quiconque contribué à construire le solage et le premier étage de notre maison commune nous quitte, mais il nous a laissé des plans pour les étages qu’il reste à bâtir. Il souhaitait que nous puissions décider nous-mêmes des règles à mettre en place dans notre maison, que l’on puisse choisir nous-mêmes les éléments de sa décoration et de ses relations avec les autres. En somme, il trouvait futile de tenter d’améliorer les aptitudes d’un voisin, aussi sympathique soit-il, à bien gérer notre maison.

Nos discussions entre économistes portaient souvent sur des concepts plutôt pragmatiques, je ne lui aurai donc jamais dit moi-même ce que le Québec entier ne lui a pas assez dit : « Je vous aime, Monsieur Parizeau. » Vous étiez assurément la personne dont le regard approbateur m’importait le plus, vous me manquerez […]

Et maintenant quoi ? S’il est une chose que son départ devrait amener, c’est la fin des exils, de tous les exils. Qu’ils soient géographiques ou intellectuels, il faut que chacun de nous participe à sa façon dans la construction de cette société pour laquelle il a tant travaillé. L’embellissement de la vie pour ceux qui restent est le plus bel hommage à offrir à celui qui part. « L’avenir dure longtemps », aimait-il à dire. Grâce à lui plus que tout autre, nous savons que nous pourrons le dessiner nous-mêmes, si tant est que ce soit ce que nous désirons comme peuple.

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur Parizeau, Monsieur l’Enseignant, j’ai bonne confiance que le Québec entier se joint à moi pour vous dire bon repos et merci pour tout.