« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice ». Georges Orwell


samedi 2 novembre 2013

(1/7) Charte québécoise: Le Québec à la croisée des chemins




Illustration couverture : La Tour de Babel - Pieter Brueghel l'Ancien

Essai sur la Charte des valeurs québécoises

Alexandre Delorimier


Avant-propos


Québécois de souche demeurant en Europe depuis plusieurs années, le seul intérêt qui me pousse aujourd'hui à prendre la plume, ou plus prosaïquement le clavier est la sauvegarde de mon unique patrie : le Québec.

Le débat, souvent passionné, que suscite le projet de "Charte des valeurs québécoises" ne m'a pas laissé indifférent, surtout du fait qu'il semble exister un fort décalage à ce sujet entre le peuple, d'une part, et la ligne éditoriale de la majorité des médias ainsi que des « élites » d'autre part.

Mon point de vue est évidemment un point de vue parmi plusieurs, néanmoins, vivant en Europe depuis suffisamment longtemps pour savoir ce qui attend le Québec de demain, je crois être en mesure de présenter une vision légèrement altérée par le « prisme européen » et donc, disons-le beaucoup moins candide que la plupart des propos répertoriés dans les médias québécois.

En fait, la situation européenne devrait vous inquiéter un peu plus qu'elle semble le faire présentement. L'éthique de conviction (plutôt que l'éthique de responsabilité) et la naïve fierté de son « ouverture sur le Monde » en étant prêt à accepter tout et n'importe quoi sans en mesurer les conséquences afin d'être certain de ne pas ressembler, de près ou de loin, à un « habitant d'Hérouxville », vous assureront regrets et lendemains amers.

Le Québec change, et change très vite. Il y a moins de 10 ans, le mot « accommodement » ne faisait même pas partie du vocabulaire commun et le mot « hijab » pouvait encore être confondu avec un fruit. Ne soyons pas dupe, la charte est avant tout une réponse timide à un phénomène nouveau dans notre société : la présence désormais bien visible de l'Islam et particulièrement de l'Islam intégriste.

La majorité des musulmans viennent au Québec tout simplement pour y vivre et s'y intégrer tout en acceptant de se conformer au modus vivendi québécois, gage d'une intégration réussie.

Malheureusement, comme certains le savent, moins d'un an après la Crise d'octobre 70, Pierre-Elliott Trudeau a fait du Canada le premier pays au Monde à adopter une politique officielle de multiculturalisme. Déterminer ici les raisons ou l'objectif final de l'adoption d'une telle politique serait hors sujet, néanmoins, nous pouvons en mesurer les conséquences. C'est-à-dire que désormais, tout un chacun peut venir au Canada sans vouloir le moins du monde s'y intégrer, ce droit de « non-intégration » étant par ailleurs garanti par la Charte canadienne des Droits et Libertés. 

Et nous voilà donc aujourd'hui avec les prémisses d'un choc civilisationnel contre une minorité d'intégristes qui réclame leurs droits, de la salle de prière à la charia (M. Charles Taylor, de la fameuse Commission, pourra d'ailleurs l'attester, car il a donné son appui à un projet, heureusement refusé, de tribunaux islamiques basés sur la charia en Ontario...) et dont la motivation et le désir de s'intégrer se retrouvent à peu près au même niveau que la fosse des Mariannes. Cette situation n'ira pas en s'améliorant, loin de là.

Le texte qui suit vous permettra, qui sait, soit de conforter votre opinion en faveur de la Charte des valeurs québécoises, ou mieux : de modifier favorablement l'avis que vous en aviez jusqu'à maintenant. Quoi qu'il en soit, vous ne pourrez plus dire à vos enfants : «si j'avais su ...».



(2/7) Charte québécoise: Le Québec à la croisée des chemins


La chance que nous offre l'Europe

(La seule...)


« La permissivité et l'apathie sont les dernières vertus d'une société mourante. »     Aristote





Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Québec a la chance unique de pouvoir tirer des leçons de la situation européenne en ce qui concerne l'intégration des communautés musulmanes. Nous avons, théoriquement, un coup d'avance pour voir et prévoir. Ne pas vouloir s'attarder, analyser et prendre en compte le cas européen est non seulement aberrant, mais c'est faire preuve de naïves présomptions en se disant qu'au Québec c'est différent, "ce n’est pas pareil" et que bien entendu, toute l'Europe a échoué, nous réussirons !

Hélas, les nobles idéaux issus de la très consensuelle bien-pensance québécoise iront se fracasser sur le mur des réalités.

Car cette "minorité" toujours croissante, qui soit dit en passant compte 1.6 milliard de fidèles de par le monde, ne s'intégrera jamais au Québec. Avec les années, mais surtout avec le nombre, ils feront comme partout ailleurs : reconstruire leur société d’origine sur leur terre d’accueil. En effet, tant que les intégristes, pourtant minoritaires, mèneront le bal, tant que nous ploierons gentiment (béatement pour certains) face aux coups de bélier d'un islam conquérant, les musulmans modérés n'auront d'autre choix (au final) que de les suivre et l’intégration sera, de facto, impossible. Et ce constat n'émerge pas d'obscurs et hypothétiques scénarios créés de toutes pièces par des péquenauds analphabètes, hallucinés et culturellement délétères, mais bien de l'expérience empirique dont nous fait "cadeau" l'Europe en entier.

La jolie mosaïque culturelle finement ciselée et espérée de tout cœur par une bien-pensance dogmatique qui n'a d'autre réalité que leurs souhaits et espérances se transformera, comme là-bas, en un grossier patchwork cousu au fil d'acier.

Mis à part quelques immigrationnistes forcenés qui préfèrent l’autre à leur voisin; c'est principalement l'ethnocentrisme de nos "élites" qui fausse leur jugement en leur faisant croire que, comme les catholiques et protestants d'autrefois, les musulmans se départiront graduellement de leurs pratiques religieuses afin de se séculariser, ce qui leur permettra bien évidemment d'épouser les valeurs et traditions québécoises et de se fondre à notre modus vivendi pluriséculaire. Jugement d'une naïveté sans nom...

La charte ne réglera certes pas tout, mais au moins elle marquera un coup d'arrêt (provisoire) à l'audace des intégristes qui n'a de limite que notre détermination à fixer celle-ci...

De plus, une charte non édulcorée et bonifiée d'une loi interdisant le port du voile intégral dans les espaces publics (comme en France, Belgique, bientôt en Suisse) et qui serait appliquée dès maintenant pourrait nous éviter (ne serait-ce que par la baisse d'attractivité du Québec pour les intégristes et les salafistes) le sort et le communautarisme à grande échelle que connaît l'Europe.


Ne rien faire maintenant, diluer la charte afin de satisfaire tout le monde (mais en fait...personne), l'instrumentaliser à de basses fins politiciennes ou encore laisser-aller en espérant des « jours meilleurs », serait pur aveuglement et surtout inexcusable face aux générations futures, car, contrairement aux Européens, nous savons ce qui nous attend. L'opportunité que nous avons aujourd'hui, entre autres pour des raisons purement démographiques, est sans doute la seule que nous n’aurons jamais. La boîte de Pandore étant désormais ouverte, nous n'avons plus qu'une alternative : agir et plus précisément agir avec courage et détermination afin de sauvegarder les intérêts et les fragiles acquis, aujourd'hui vacillants, de la nation québécoise. Et quelle qu'en soit l'issue : l'Histoire jugera.