« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice ». Georges Orwell


samedi 20 juillet 2013

Et la colère?


Christian Rioux
Le Devoir 


Depuis deux semaines, depuis la nuit du drame qui a fauché cinquante vies, il plane comme une énigme au-dessus du Québec. Une sorte de grande question posée, mais que personne n’ose formuler précisément. Je suis certain pourtant qu’elle est dans toutes les têtes. Du moins, je l’espère.

Depuis deux semaines, cette question me taraude et je ne crois pas avoir passé une seule heure sans y penser. Je me la suis posée dès le début en écoutant, effaré, les tout premiers reportages qui provenaient de Mégantic. Je dis Mégantic comme ont toujours dit ma mère et mon grand-père, qui venaient de Sherbrooke, à quelques dizaines de kilomètres de là.

Cette question donc, je me la suis posée encore plus en écoutant les longs et souvent lancinants reportages qui s’égrenaient comme un interminable chapelet. Parfois, dans les meilleurs moments, on aurait dit une sorte de blues lancinant montant du fond des bayous. Cette question, je me la suis posée en entendant ces babillages insipides des éternels psychologues de service servant à meubler le temps d’antenne. Cette question, je me la suis posée au fur et à mesure que s’éternisait la même complainte sans fin.

Non, cette question ne veut pas me lâcher, et elle me poursuivra tant que je ne l’aurai pas formulée : comment peut-on subir ainsi l’indicible et exprimer si peu de révolte ?

***

Je comprends que durant les 48 premières heures, il fallait tout simplement essayer de comprendre, se faire à cette idée que l’horreur était bien de ce monde. Je comprends tout cela. Mais comment, une fois l’horreur découverte, ne pas lancer un immense cri de colère ? C’est ce cri libérateur que j’attends depuis deux semaines et qui ne vient pas.

Certes, la première ministre du Québec et la mairesse de Mégantic ont magnifiquement exprimé la compassion et l’esprit de résilience de la population. Plus encore, elles ont symbolisé la noblesse de tout un peuple qui sait résister et se tenir debout.

Mais la révolte ?

Pourtant, nous avons tous vu la même chose. Nous avons vu l’infâme Ed Burkhardt s’adresser aux colonisés dans la langue de l’empire. L’homme n’a même pas pris la peine de se faire accompagner d’un attaché de presse parlant minimalement le français. Plus tôt, il avait adressé à la population un communiqué dans un baragouin informe, reflet du plus parfait mépris. Nous l’avons tous entendu accabler d’abord les pompiers, puis son propre conducteur de locomotive avant de reconnaître, au bout d’une semaine, « quelques erreurs ».

Et pourtant, nous avons vu le ministre fédéral des Transports défendre pied à pied son pré carré en bon petit roi nègre respectueux des compagnies ferroviaires et nous répéter jusqu’à plus soif que l’enquête sera longue. Tellement longue ! Quel contraste avec la bonne volonté manifeste des représentants du Maine et l’efficacité des fonctionnaires québécois.

À Brétigny-sur-Orge, après le déraillement d’un train qui a fait six morts, il n’aura fallu que quelques heures pour que le président, le premier ministre et le président de la SNCF arrivent sur place. Quelques jours après le drame, dès qu’on a soupçonné la défaillance d’une éclisse, la SNCF a aussitôt ordonné la vérification de 5000 aiguillages. 

Même aux États-Unis, le ministère des Transports a indiqué qu’il inspectait le tronçon américain de la voie ferrée utilisée par la MMA et que d’éventuelles anomalies devront être corrigées sur-le-champ, aux frais de la compagnie.

Où sont les inspecteurs sur les tronçons canadiens des lignes de la MMA ? Et sur les trains de la Quebec North Shore Labrador Railway qui sont eux aussi opérés par un seul homme ? Il est vrai qu’à Schefferville, il ne reste plus que des Indiens ! Seuls les maires de l’Estrie semblent s’émouvoir et manifester un minimum d’esprit civique. Il aura fallu attendre deux semaines avant que le CN et le CP s’interrogent sur la sécurité de leurs voies. À Ottawa, pourtant l’un des pires élèves des pays de l’OCDE en matière de sécurité ferroviaire, on s’est contenté de vérifier la police d’assurance de la compagnie et de répéter que ce sera long. Tellement long ! C’est cela, vivre dans un pays qui n’en est pas vraiment un.

Depuis deux semaines, devant l’incurie d’Ottawa et de la MMA, j’ai attendu une révolte, un cri. Dans n’importe quel autre pays, il y aurait eu des manifestations, des pancartes, des esclandres, des banderoles devant le Parlement. Ici, rien n’est venu. Est-ce à cause de l’été, des vacances, de la chaleur ? Peut-être.

« La plainte sans révolte contre le fardeau écrasant du long hiver », écrivait l’auteur de Maria Chapdelaine.


***

Je suis très impressionnée par votre sensibilité, M. Rioux. Et j'ai bien peur que vous allez devoir vous libérer tout seul dans votre petit coin. C'est pas demain la veille que les Québécois(ES) d'aujourd'hui vont se révolter pour un événement aussi tragique soit-il. 

Comment espérer qu'ils se mettent à crier leur colère,  quand presque personne n'a vraiment envie d'en parler? En tout cas, aucune indignation n'est apparue à l'horizon de ce côté-ci de mon entourage.   Je dirais plutôt silence radio pas mal partout aux alentours.  L'ampleur de l'événement dépasse notre entendement à tous. 

Sans doute beaucoup d'entraide, de solidarité, de sympathie, de tristesse. Mais pas trop non plus, c'est l'été, les vacances.  Et, comme vous dites,  il a fait chaud.  

D'ailleurs, à quoi bon?  La vie continue. Et la plupart a passé à autre chose. Laissons les enquêtes suivre leur cours ...

May 

vendredi 28 juin 2013

Pour fêter le Canada : lire La bataille de Londres





Lise Payette
Le Devoir 
28 juin 2013


L’auteur Frédéric Bastien est professeur d’histoire et il détient un doctorat en histoire et politique internationale de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Il a consacré des années à fouiller des archives, en particulier des documents gardés secrets par le Foreign Office à Londres. Il peut ainsi reconstruire les luttes, les secrets et les mobiles du rapatriement de la Constitution canadienne par Pierre Elliott Trudeau, dont l’objectif était devenu une véritable obsession, qu’importent les moyens utilisés. 

La bataille de Londres devrait être une lecture obligatoire, parce qu’elle permet de comprendre à quel point le Québec a été mené en bateau par Trudeau et ceux qui le soutenaient dans ce projet qui allait bouleverser totalement ce que le Canada avait la prétention d’être pour les deux peuples fondateurs jusque-là. Il s’agit ici d’un livre qu’il faut lire avec attention, gravant dans nos mémoires ce qui nous est révélé et prenant bien la mesure des secrets qui persistent encore aujourd’hui.

Si vous voulez apprendre comment on varlope les désirs d’une nation, comment on réussit des alliances diaboliques pour arriver à ses fins, comment on triche pour faire à sa tête, vous allez plonger dans la lecture de La bataille de Londres comme dans un polar qui vous permettra, enfin, de reconstruire le puzzle d’où le Québec est sorti meurtri et saccagé, à genoux dans la roche coupante, pendant qu’à Ottawa, en présence de la reine, on sablait le champagne. Pierre Elliott Trudeau nous a tartinés de son mépris, sans états d’âme, et ceux qui l’ont aidé à réussir son coup d’État peuvent applaudir au succès de son entreprise. Ce livre de Frédéric Bastien nous permet de remettre de l’ordre dans les souvenirs que nous avons gardés de ces années charnières qui ont redéfini le pacte d’Union de 1867 et qui nous ont laissés exsangues et terriblement déchirés quant à l’avenir que nous avions dessiné pour nous, les Québécois.

La lecture de ce livre est essentielle pour ne pas commettre les mêmes erreurs une autre fois. Il faut comprendre jusqu’où ceux qui mènent le jeu sont prêts à aller pour que nous ne soyons plus jamais dupes et que nous soyons surtout prêts à tout avec une défense qui soit efficace et gagnante. Nous pourrions alors cesser d’être des éternels perdants avec les conséquences que nous devons supporter par la suite.

Le travail de l’auteur Frédéric Bastien est un travail de moine. Il a raconté lui-même le peu de collaboration qu’il a reçu des autorités canadiennes afin d’obtenir l’accès à des documents d’archives concernant le dossier qu’il entendait fouiller pour mener son récit avec clarté et permettre de raconter le rôle du gouvernement canadien, du gouvernement anglais, de Trudeau, pour qui le rapatriement de la Constitution est pratiquement une obsession, de Thatcher, qui a dû avoir souvent envie de l’envoyer promener, des premiers ministres des provinces canadiennes, du juge en chef de la Cour suprême du Canada, qui en a mené large malgré le poste qu’il occupait. René Lévesque et ses quelques conseillers, malgré leurs efforts, n’arriveront pas à stopper le coup de force d’Ottawa, celui qui nous a fait plier l’échine encore une fois… la centième fois.

Le jour, la nuit, des réunions secrètes se tiennent. On travaille à forcer le Québec à rentrer dans le rang. On joue l’avenir du Québec, sa survie aussi. On va lui enfoncer dans la gorge, de force, une Constitution dont il ne veut pas et dont le résultat direct sera l’urgence évidente de protéger tout ce qui fait sa spécificité comme peuple. Lévesque n’est pas dupe. Ses valeurs vont dans le sens d’une plus grande harmonie entre nous et d’une plus grande ouverture sur le monde. Depuis longtemps, il sait que Trudeau et lui ne pourront jamais s’entendre et que leurs routes se sont séparées.

Qui fait quoi ? Tout est parfaitement expliqué. Il est évident que tous les coups sont permis. René Lévesque n’en croit pas ses yeux et ses oreilles. Il finira par dire, d’une voix émue et brisée, que cette entente qu’il refuse et contre laquelle il continuera à lutter est une trahison pure et simple. Et il ajoute : « Ce qui vient de se passer aura des conséquences incalculables pour l’avenir du Québec et du Canada. »

Le coup de force de Trudeau aura été un franc succès. Il a réussi à mettre dans sa poche ceux et celles dont il avait besoin pour mener ses ambitions à terme. Il a rapatrié sa Constitution, il a imposé sa Charte des droits et sa vision d’un multiculturalisme qui fait de la culture québécoise l’une des minicultures qui se débattent pour survivre et faire respecter leur précieux héritage et leur identité propre. La bataille de Londres force la réflexion. Une excellente lecture avant d’aller fêter les coups de pied au c… qu’on nous a infligés si généreusement. Pour notre bien, ça va de soi… notre plus grand bien.

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Autres liens: http://www.ledevoir.com/politique/canada/383080/le-canada-anglais-et-le-rapatriement-calomnie-quebec-bashing-et-deni

http://www.vigile.net/L-elephant-dans-la-piece,56578

mercredi 5 juin 2013

Le Baingate: un acte politique devenu fait divers

Richard Bain, terroriste

Jean ARCHAMBAULT
Tribune libre de Vigile 
lundi 3 juin 2013

Extrait de son texte Du Pastagate au Baingate


Le consensus médiatique entre les médias francophones et anglophones aura aussi des conséquences sur la représentation de l’acte terroriste commis par Bain, le 4 septembre 2012. Ce consensus permettra de faire d’un acte politique un fait divers.

Dans le cas de Bain, rapidement, les médias traiteront ce geste comme celui d’un homme seul et déséquilibré. Certains médias francophones iront jusqu’à dire que nous étions tous coupables, par notre intolérance pour le geste posé par Bain. Comment peut-on se sentir coupable d’un acte commis par un homme dont les problèmes de santé mentale expliqueraient la totalité du geste ?

Plusieurs questions seront à peine abordées concernant la fusillade du 4 septembre. A-t-il eu des complicités pour permettre à Bain de parvenir jusqu’à quelques mètres de madame Marois ? Bain avait-il un passé d’activiste anglophone ?

Sur le plan politique, on mentionne que l’homme était un fédéraliste engagé et enragé. Il connaît des gens au PLC et au PLQ. Qui est-il ? D’où vient-il ? C’est un silence lourd auquel nous faisons face.

Pourquoi les médias ont-ils très peu fouillé dans la vie de cet homme ? En lisant l’ensemble des faits bibliographiques épars ramassés par les journalistes, j’ai l’impression que cet homme aurait commencé à vivre à partir de sa retraite.

Aucun témoignage antérieur sur son passé entre sa naissance et sa vie dans les Laurentides. L’accusation de meurtre avec préméditation et possession d’armes prohibées font ressortir que Bain a mis en action un scénario pensée d’avance pour arriver à ses fins ; ce meurtre est considéré comme faisant partie d’une préparation et non d’un geste soudain.

Nous allons d’une part faire le tableau des principaux événements de la saga judiciaire et tenter, malgré le manque de renseignements de tracer un portrait de cet homme.

lundi 3 juin 2013

La francisation ne suffira pas

parce que je n'ai 
pas besoin de le parler

Mathieu Bock-Côté
Journal de Montréal 

Le Journal de Montréal nous apprenait ce matin qu’il y a désormais plus d’allophones que de francophones dans les écoles de Montréal. La nouvelle ne surprend pas vraiment, mais elle crée quand même un choc : on devine la situation de plus en plus intenable pour les enseignants qui sont appelés à transmettre un savoir et une culture dans une classe où les enfants ne partagent ni repères culturels profonds, ni la même langue. Eux-mêmes le confessent : ils craignent pour l’avenir du français. Cela nous oblige à réfléchir plus largement sur le rôle de l’école dans la transmission de l’identité nationale et cela, dans une société où elle ne va plus de soi.

On a beau dire de la loi 101 qu’elle fonctionne, et il nous faudrait immédiatement relativiser notre optimisme, elle supposait quand même une certaine pesanteur démographique de la majorité historique francophone. Une identité nationale ne peut pas seulement se transmettre par des procédés pédagogiques : elle suppose que l’immigrant se retrouve dans un environnement culturel où l’identité québécoise va de soi. Il faut, généralement, que l’immigrant se retrouve entouré de porteurs de l’identité nationale pour lui-même s’en imprégner spontanément, en s’appropriant les références, les évidences et les habitudes de la société d’accueil.

Les pressions de la mondialisation

Mais comment intégrer des immigrants avec d’autres immigrants plus ou moins intégrés à la culture québécoise ? Cette possibilité n’existait pas dans l’univers mental des révolutionnaires tranquilles qui avaient une vision historique et sociologique de la nation. Depuis quelques années, je résume la situation avec cette formule : la loi 101 devait produire des Québécois francophones. De manière générale, elle a plutôt produit des Canadiens bilingues. Il ne s’agit pas que d’une nuance. Souvent, chez les « enfants de la loi 101 », on s’identifie moins à la nation québécoise qu’à Montréal, considérée comme une métropole bilingue et multiculturelle spontanément accueillante envers les différentes manifestations de la diversité.

Le contexte géopolitique québécois n’aide évidemment pas à l’intégration nationale. La pression à l’anglicisation vient évidemment de l’Amérique anglophone mais aussi de la culture mondialisée qui impose partout ses symboles, ses vedettes, ses films et ses chansons. C’est l’idéal d’un « citoyen du monde » post-national qui s’impose peu à peu et qui donne à ceux qui s’en réclament un sentiment de supériorité morale. Je le redis, nous assistons déjà à la désaffiliation symbolique de Montréal par rapport au reste du Québec comme si le premier représentait l’avenir diversitaire radieux et le second un exaspérant passé archaïque, sentant un peu le renfermé.

C’est peut-être une nouvelle civilisation mondialisée et multiculturelle qui nait sous nos yeux, et Montréal est peut-être un de ses laboratoires privilégiés. Les liens entre la métropole et la nation se distendront peu à peu, pour n’être finalement plus qu’administratifs. Il ne serait pas surprenant que dans les décennies à venir, Montréal devienne peu à peu une « cité-État » et j’ai tendance à croire qu’en cas d’indépendance, une des grandes tâches du leadership politique sera d’éviter la sécession de Montréal par rapport au reste du Québec.

Réajuster les seuils d’immigration

Peut-on faire quelque chose ? Évidemment, il faudra tôt ou tard réajuster les seuils d’immigration. Entre l’étanchéisation absolue des frontières et leur neutralisation, voire leur abolition, il peut et doit y avoir un équilibre politique, qui doit d’abord tenir compte des capacités historiques, économiques, sociales et culturelles de la société d’accueil. Le Québec, depuis quelques années, manque de prudence et de peur d’avoir mauvaise réputation, a misé sur une hausse systématique des seuils d’immigration, jusqu’à devenir une des nations dans le monde qui accueille, toutes proportions gardées, le plus d’immigrants. Avons-nous les assises identitaires et historiques suffisamment solides pour cela ? N’est-il pas temps de changer de cap ?

Pour l’instant, l’école demeure le seul instrument dont nous disposions pour s’assurer de la prédominance de la culture québécoise au Québec. Mais l’école change de rôle : elle ne transmet plus seulement à un peuple sa culture. Elle introduit les nouveaux arrivants à ce peuple. Elle ne doit pas seulement cultiver un sentiment d’appartenance au Québec, mais bien souvent, l’inculquer. On devine le bouleversement pédagogique que cela implique. Une chose est certaine, la francisation des immigrants ne suffira pas. Il faudra aussi miser explicitement sur leur québécisation. Cela implique évidemment que l’identité québécoise n’est pas réductible à une appartenance administrative et géographique au Québec et que le Québec identifie lui-même les grands repères indispensables de son identité.

Miser sur la nation

Plutôt que de miser sur le multiculturalisme et son « droit à la différence », il faudra miser sur la nation et son devoir d’appartenance. Dans une certaine mesure, jamais l’enseignement de l’histoire n’aura été aussi indispensable à la conservation et à la promotion de l’identité nationale. Parce que c’est à travers l’histoire que se développent les mécanismes d’identification culturelle nécessaires à la perpétuation de la culture nationale. C’est-à-travers l’histoire qu’il nous sera possible de faire en sorte que le Québec demeure non seulement une société, mais une nation. C’est-à-travers l’histoire qu’un jeune immigrant peut rapidement, très rapidement, prendre le pli de la société d’accueil pour la rejoindre entièrement.

Il faudra que les jeunes allophones s’approprient pleinement la référence nationale. Ils devront reconnaître en Jacques Cartier, en Samuel de Champlain, en Louis-Joseph Papineau, en Honoré Mercier, en Lionel Groulx et René Lévesque leurs propres ancêtres. Je veux dire par là qu’ils devront apprendre à dire Nous avec la société d’accueil, avec la majorité historique francophone. On comprend l’immensité de la tâche. On devine l’ampleur des moyens nécessaires pour la mener à terme et le courage politique qu’elle exigera. Je m’interdis de croire qu’elle est impossible ou que le pari est intenable.




dimanche 2 juin 2013

Johanne Brodeur au Devoir - Le droit de sévir





La nouvelle bâtonnière élue, Johanne Brodeur, réclame des pouvoirs accrus pour le Syndic du Barreau, afin de suspendre le droit d’exercice des avocats accusés de crimes graves, tels que Jean Bertrand, Robert Talbot et Pierre Lambert, tous trois tombés dans les filets de l’UPAC. 

Me Brodeur prendra officiellement la relève de Nicolas Plourde, ce samedi, lors de la cérémonie de passation des pouvoirs. Comme tout le reste de la population, elle est consternée par les révélations de la commission Charbonneau. Encore jeudi, l’agent officiel du PRO des Lavallois, Jean Bertrand, a révélé qu’il avait tenu la caisse occulte du parti. Me Bertrand a aidé tous les conseillers sauf trois à contourner la Loi électorale en servant de prête-noms. Leurs dons au parti étaient remboursés par les firmes de génie-conseil.

« Ce qui sort à la commission Charbonneau, c’est un malheureux réveil pour tout le Québec. Comme tous les citoyens, je suis estomaquée par ce que j’entends. Chaque fois qu’un avocat n’a pas respecté son Code de déontologie ou qu’il est radié, c’est malheureux. Ces dossiers affectent le lien de confiance du public », a dit Me Brodeur en entrevue au Devoir.

Dans l’État actuel du droit, le Barreau est impuissant à exercer quelque recours que ce soit contre les avocats mis en cause à la commission Charbonneau ou ceux qui sont accusés au criminel.

Le Barreau doit attendre la fin de l’enquête du Syndic, et une éventuelle décision du comité de discipline avant que les fautifs ne soient sanctionnés. « Ce ne sont pas nos employés, on ne peut pas les suspendre, mais on voudrait avoir la possibilité de le faire », explique-t-elle.

mardi 14 mai 2013

Faut-il recréer «la Patente», une société secrète indépendantiste?





Comme vous j'ai vu qu'on compte former une Xe organisation vouée à l'indépendance du Québec. Les nationalistes québécois se retrouvent pourtant devant une situation paradoxale: même s'ils représentent toujours la moitié des francophones du Québec, leur option est discréditée, démonisée et ridiculisée comme jamais. 
Les indépendantistes ont beau être des millions, des chroniqueurs populistes ne se gênent plus pour les traiter de «caribous», de «séparatisses», de «péquisses» et de «nationaleux», fourrant commodément dans le même sac quiconque défend un État québécois fort qui promeut l'identité nationale. 
Des médias de masse, notamment ceux du groupe Gesca et du journal La Presse, combattent systématiquement toute expression de la fierté nationale. Ces discours ont à ce point acquis droit de citée que plusieurs souverainistes se sentent désormais ostracisés et honteux, au point de renier leurs convictions.
En conséquence, la prochaine organisation nationaliste ne devrait être ni une Coalition, ni une Convergence, ni un Front uni, ni un parti politique, mais bien une organisation secrète destinée à agir dans l'ombre et au moins ainsi risquer d'être plus efficace...
Les Frères chasseurs
L'histoire du Québec offre quelques beaux exemples de sociétés secrètes destinées à se prémunir contre les attaques adverses et à mettre en œuvre une stratégie cohérente, ciblée et efficace.
En 1838, le mouvement patriote constate qu'il est désormais infiltré par des dizaines d'espions et d'agitateurs. L'armée anglaise et la police de Montréal n'ont alors aucun mal à connaitre à l'avance les plans échafaudés par les patriotes exilés aux États-Unis. 
Leur chef, Robert Nelson, a alors l'idée de créer une société secrète destinée à planifier dans le plus grand secret un soulèvement général du Bas-Canada. Durant tout l'été 1838, on assermente des milliers de patriotes au sein de l'Association des Frères chasseurs. 
L'Association reprend la plupart des caractéristiques d'une société secrète et en particulier un serment sacré consistant à garder le secret sur l'organisation et sa mission, en l'occurrence libérer le Québec de la tutelle anglaise. Chaque membre ignorait en outre qui d'autre faisait partie de l'organisation, à l'exception des principaux chefs qui seuls connaissaient bien son fonctionnement. 
Au sommet on retrouvait les «Grands aigles», suivis des «Castors», des «Raquettes» et enfin des «Chasseurs» ou simples membres. Malgré ses lacunes logistiques, le secret des Frères chasseurs a permis que le plan de campagne des patriotes ne soit pas connu des autorités britanniques.


vendredi 10 mai 2013

Xavier Dolan dénonce le harcèlement à l’école



Vous vous souvenez de la scène où Anne Dorval en mère monoparentale pète les plombs au téléphone et engueule comme du poisson pourri le directeur d’école qui pontifiait en lui donnant des conseils sur l’éducation de son fils adolescent qui venait de faire une fugue du collège privé qu’on l’avait obligé à fréquenter. Inoubliable. C’était dans le film « J’ai tué ma mère ».

Le dernier clip d’Indochine tourné par Xavier Dolan contre l’intimidation et le harcèlement à l’école est de la même catégorie : inoubliable. D’une efficacité redoutable.

J’étais en cinquième année à l’école De Salaberry au sud de la rue Ontario, coin Montcalm. Il s’appelait Parisien : il était gros et nul dans les sports. On l’attendait à la sortie de l’école le vendredi après-midi. On l’écoeurait. Il se sauvait en courant. Pourquoi ? Pour rien. Pour le fun. Méchanceté et cruauté pures. Ça m’est revenu en voyant la vidéo de Xavier Dolan.

Vous avez entendu dire que certains jeunes se suicident. D’autres se sauvent de chez eux devant l’apathie parentale. Vous soupçonnez donc que c’est grave et que les conséquences sont parfois dramatiques. A l’école, des jeunes subissent un calvaire : c’est comme s’ils se faisaient crucifier. Nous voilà en plein dans la Vidéo de Xavier Dolan accessible sur You Tube et un peu partout. Allez la voir. Vous comprendrez que l’intimidation et le harcèlement à l’école, c’est violent et c’est grave.

Ce qui m’a surtout frappé sur cette vidéo, c’est tous ceux qui se mettent un bandeau sur les yeux pour ne pas voir. Il n’y a pas qu’à la Commission Charbonneau qu’on parle d’aveuglement volontaire. Dans toute la société, devant toutes sortes de problèmes, certains se mettent un bandeau sur les yeux pour ne pas voir. Avec ce clip Indochine-Xavier Dolan, c’est impossible de continuer à garder un bandeau sur les yeux devant le harcèlement et l’intimidation à l’école qui font vivre un calvaire à trop de jeunes et qui sont l’équivalent d’une crucifixion.

Puisque j’ai votre attention, à un tout autre niveau, je pense à tous ceux qui se mettent un bandeau sur les yeux pour ne pas voir les reculs du français à Montréal. Et la menace que le bilinguisme fait subir au français. Les aveugles se nomment, entre autres, André Pratte, Michel C. Auger, Alain Dubuc, Philippe Couillard. Et tous ces bon ententistes qui laissent les choses aller sans intervenir. Ils nient le problème car ils savent que la seule solution, comme l’écrit Robert Laplante, c’est l’indépendance du Québec. Ça ferait un beau sujet pour Xavier Dolan : l’asphyxie d’une langue par une autre, c’est violent et c’est grave. Xavier, pour vous inspirer, allez lire Charles Castonguay sur l’Aut’Journal.

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 6 mai 2013
Source: Vigile. net
  

mardi 7 mai 2013

Servir la justice





Louis LAPOINTE
Billet — Louis Lapointe 
samedi 27 avril 2013 




Je me souviens encore du jour où le vice-président du Barreau du Québec me fit monter d’urgence à son bureau.

Il m’exhiba alors une lettre portant l’entête de la Cour d’appel du Québec.

À tort ou à raison, un juge de cette honorable Cour se plaignait des résultats obtenus par son enfant inscrit à l’École du Barreau dont j’étais le directeur.


Pour le futur Bâtonnier du Québec, utiliser le papier officiel de la plus haute cour du Québec pour traiter une affaire personnelle était une faute grave et inexcusable qui démontrait le peu de jugement de ce magistrat.

Étonnamment, le vice-président m’ordonna aussitôt d’oublier cette histoire et de n’en parler à personne.

Cette affaire, si elle était révélée au public, risquait de porter atteinte à l’autorité des tribunaux.
En vertu de l’article 2.06 du Code de déontologie des avocats alors en vigueur :
« L’avocat doit servir la justice et soutenir l’autorité des tribunaux. Il ne peut agir de façon à porter préjudice à l’administration de la justice. »
Si l’utilisation de papier entête par un juge de la Cour d’appel peut inspirer une telle réserve de la part d’un des plus hauts officiers du Barreau, imaginez le sentiment qui anime ces mêmes officiers devant le manque de transparence de la Cour Suprême du Canada relativement aux révélations de Frédéric Bastien dans son livre La bataille de Londres.

Qui protège le public lorsque le Barreau préfère inviter ses membres à la prudence plutôt que de poser toutes les questions qui s’imposent devant des événements aussi graves ?


Qui défend la justice lorsque ceux qui en ont la responsabilité préfèrent se taire ?

Ne s’agit-il pas là d’une des plus insidieuses formes de corruption de nos institutions démocratiques ?

L’omission d’agir et d’accomplir le devoir qu’impose leur mission : servir la justice.

La Cour Suprême a choisi le silence, le Barreau la prudence.

Ce n’est donc pas un hasard que si peu d’avocats aient fait connaître leur point de vue sur les agissements des juges Estey et Laskin.

Source: Vigile.net

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samedi 4 mai 2013

Comité des Communes sur l’enseignement de l’histoire - Les députés fédéraux «frappent un mur» à Québec




Le gouvernement Marois condamne l’initiative d’un comité des Communes de procéder à un examen de l’enseignement de l’histoire dans les différentes provinces. 

« No way à la présence d’Ottawa dans nos salles de cours. Il n’y a pas un fonctionnaire fédéral qui va rentrer dans nos salles de cours avec une plume fédéraliste pour essayer de rebâtir un programme d’histoire sur des bases idéologiques », s’est insurgé le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne.

« Si la volonté, c’est de contrôler l’enseignement de l’histoire, c’est sûr qu’ils vont frapper un mur au Québec », a affirmé pour sa part le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier.

Un examen complet

Les ministres réagissaient à la nouvelle, publiée vendredi dans Le Devoir, voulant que le Comité permanent de la Chambre des communes sur le patrimoine canadien, qui réunit douze députés, ait entrepris de procéder à « un examen complet d’aspects importants de l’histoire du Canada » et de dresser une comparaison des cours d’histoire offerts dans les écoles primaires et secondaires de chacune des provinces.

L’éducation est une compétence exclusive du Québec, ont rappelé les ministres. « L’enseignement de l’histoire ne concerne d’aucune façon le gouvernement à Ottawa », a dit Pierre Duchesne.

Alexandre Cloutier juge « paradoxal » que ce comité veuille mettre l’accent sur « l’accès aux données historiques » alors qu’Ottawa refuse d’ouvrir ses archives sur le rapatriement de la Constitution. « S’ils s’intéressent à l’accès aux données historiques, je veux leur donner un conseil : arrêtez de caviarder toute l’information sur des pans importants de l’histoire du Québec », a-t-il déclaré.

De passage à Québec, le premier ministre Stephen Harper a affirmé que son gouvernement n’avait aucune intention de dire aux provinces comment enseigner l’histoire. « Nous n’avons pas le pouvoir, nous n’avons pas la volonté de le faire », a-t-il dit. Le premier ministre a toutefois ajouté que les élus fédéraux avaient « un intérêt [à] promouvoir une connaissance de l’histoire ».

Aux Communes, le secrétaire parlementaire du ministre du Patrimoine, Paul Calandra, - qui a eu l’idée de l’étude en comité parlementaire - a de nouveau tenté de calmer les inquiétudes. « Ce que nous essayons de faire, c’est de reconnecter les Canadiens avec notre histoire, s’assurer que le gouvernement fédéral travaille avec d’autres gouvernements si possible, avec d’autres communautés, pour raconter les histoires, les événements qui ont contribué à façonner ce pays », a-t-il répété en Chambre aux nombreuses questions de l’opposition.

Mais ses adversaires politiques n’en croient rien, « parce que ça ne sert absolument à rien de faire une étude en comité […] si on n’a pas l’intention de faire déboucher les résultats sur quelque chose de concret », a rétorqué le néodémocrate Guy Caron.

Pour sa part, le bloquiste André Bellavance s’est dit convaincu des mauvaises intentions des conservateurs à qui il reproche « une tendance assez forte à réécrire l’histoire à leur manière ».

jeudi 2 mai 2013

Commission Chabonneau: «C’est la faute aux médias» - Insultante ex-ministre


Michelle Courchesne  ici près de l'ex-maire Gilles Vaillancourt
Antoine Robitaille
2 mai 2013
Le Devoir 

Coincée au sujet de ses accointances avec l’organisateur d’élections clés en main Gilles Cloutier - témoin vedette à la commission Charbonneau -, l’ancienne ministre libérale Michelle Courchesne a rétorqué en jetant le blâme sur... les médias ! En cette veille de la Journée de la liberté de la presse, décortiquons et, surtout, dénonçons ce faux-fuyant révoltant de la part d’une ancienne politicienne au parcours douteux. 

Après l’aveu de son « erreur » d’avoir fait appel, en 2007, à l’organisateur Gilles Cloutier pour travailler à l’élection de Guy Ouellette dans Chomedey, Michelle Courchesne, en interview au Devoir mardi, s’en est pris aux journalistes. « Pensez à votre rôle, parce que la démocratie est en grave danger [quant] à moi. Après tous les liens que tout le monde essaie de faire [et] qui n’existent pas, qui va vouloir aller en politique ? », a-t-elle lancé.

Ici encore collée-collée à l'ex-maire de Laval
Que veut-elle dire ? Que les médias auraient dû s’abstenir de vérifier les informations sur la collusion dans le monde de la construction ? Qu’il leur aurait fallu ignorer les données montrant que le financement partisan servait de monnaie d’échange pour obtenir des contrats ? Qu’ils auraient dû se garder d’enquêter sur les possibles cas de prête-noms, de fraude ou de relations de proximité entre entrepreneurs, politiciens et hauts fonctionnaires ?

Absurde, évidemment. Mais Mme Courchesne le professe sans vergogne et ajoute : « Après avoir travaillé avec tout mon coeur et toute mon âme […], je ne suis pas sûre que j’y retournerais. Honnêtement, être traités comme on est traités, je ne suis pas sûre. » Ainsi, questionner, enquêter, demander des comptes, ce serait « mal traiter » les élus.

Or, toute cette gangrène étalée à la commission, pire encore que ce que tous les journalistes les plus aguerris imaginaient, comment aurions-nous pu en prendre conscience sans leur travail ? Mme Courchesne affirme craindre pour la démocratie ! Comme si les élections clés en main de son organisateur Cloutier y étaient bénéfiques ! Un organisateur, rappelons-le, qu’elle a non seulement réclamé à une firme de génie-conseil pour remporter Chomedey en 2007, mais qui - comme elle s’est bien gardée de le préciser au Devoir - l’avait elle-même aidée à se faire élire une première fois au municipal dans les années 1980. Dans le cas de Chomedey, Mme Courchesne admet avoir surmonté ses scrupules à l’égard du personnage parce qu’elle voulait tout faire pour ne pas perdre la circonscription. Autrement dit : la fin justifie les moyens !

Ce type de faux-fuyant d’une ex-ministre dont le nom a de surcroît été cité par le vérificateur général pour sa gestion plus que douteuse de l’octroi des places en garderie, mais aussi de l’octroi de contrats de terrains synthétiques de soccer, a quelque chose d’insultant. Doublement de la part de celle qui, en 2008, s’est permis de venir intimider jusque dans son bureau une reporter de la Tribune de la presse à Québec.

Rien n’est parfait en ce monde, évidemment. Même pas les médias ! Mais depuis 2009, une démonstration éclatante a été faite que sans le travail remarquable de plusieurs membres du « quatrième pouvoir », la gangrène aurait continué à croître au Québec. Sans enquête journalistique, le gouvernement Charest n’aurait jamais créé l’Unité anticollusion. Sans l’UAC, rien n’aurait été su de cet « empire malfaisant » si bien décrit par Jacques Duchesneau. Sans ce dernier, dont les médias ont fait état des conclusions tout en les remettant en question (on a cru qu’il exagérait !), jamais nous n’aurions eu cet exercice de grande et essentielle purge qu’est la commission Charbonneau.

Qui se soucie le plus de l’intérêt public ? Qui a vraiment à coeur cette démocratie de laquelle l’ancienne ministre de Laval dit s’inquiéter ? Certainement pas les politiciens comme Mme Courchesne qui, en effet, feraient mieux de ne pas « retourner » en politique.